Cleo

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Cleopatre Captive
Tragédie,
en cinq actes et un Prologue. 1552 par Etienne Jodelle  |
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Les Personnages de la Tragédie.L'OMBRE D'ANTOINE.
ERAS.
CHARMIUM
OCTAVIAN CESAR.
AGRIPPE.
PROCULEE.
LE CHŒUR DES FEMMES ALEXANDRINES.
SELEUQUE.
 (Le texte est celui de l'édition de 1574.) |
 
Cleopatre Captive  PROLOGUE.Puis que la terre (ô Roy, des Rois la crainte),Qui ne refuse estre à tes loix estrainte,
De la grandeur de ton sainct nom s'estonne,
Qu'elle a gravé dans sa double colonne ;
Puis que la mer, qui te fait son Neptune,
Bruit en ses flots ton heureuse fortune,
Et que le ciel riant à ta victoire
Se voit mirer au parfait de ta gloire,
Pourroyent vers toi les Muses telles estre,
De n'adorer et leur pere et leur maistre ?
Pourroyent lestiens nous celer tes loüanges,
Qu'on oit tonner par les peuples estranges ?
Nul ne sçaurait tellement envers toy
Se rendre ingrat, qu'il ne chante son Roy.
Les bons esprits que ton père forma,
Qui les neuf Soeurs en France ranima,
Du pere et fils se pourroient ils bien taire,
Quand à tous deux telle chose a peu plaire,
Lors que le temps nous aura presenté
Ce qui sera digne d'estre chantéD'un si grand Prince, ains d'un Dieu dont la place
Se voit au Ciel ja monstrer son espace ?
Et si ce temps qui toute chose enfante,
Nous eust offert ta gloire triomphante,
Pour assez tost de nous estre chantee
Et maintenant à tes yeux presentee,
Tu n'orrois point de nos bouches sinon
Du grand HENRY le triomphe et le nom,
Mais pour autant que ta gloire entendue
En peu de temps ne peut estrerendue,
Que dis-je en peu ? mais en cent mille annees
Ne seroyent pas tes louanges bornees,
Nous t'apportons (ô bien petit hommage)
Ce bien peu d'oeuvre ouvré de ton langage,
Mais tel pourtant que ce langage tien
N'avoit jamais dérobbé ce grand bien
Des autheurs vieux : c'est une Tragedie,
Qui d'une voix et plaintive et hardie
Te presente un Romain, Marc-Antoine,
Et Cleopatre, EgyptienneRoine :
Laquelle apres qu'Antoine son ami
Estant desja vaincu par l'ennemi,
Se fust tué, ja se sentant captive,
Et qu'on vouloit la porter toute vive
En triomphe avecques ses deux femmes,
S'occit. Ici les desirs et les flammes
Des deux amans ; d'Octavian aussi
L'orgueil, l'audace et le journel souci
De son trophee emprains tu sonderas,
Et plus qu'à luy le tien egaleras :
Veu qu'ilfaudra que ses successeurs mesmes
Cedent pour toy aux volontez supremes,
Qui ja le monde à ta couronne voüent,
Et le commis de tous les Dieux t'avoüent.
Recoy donc (SIRE) et d'un visage humain
Prens ce devoir de ceux qui sous ta main
Tant les esprits que les corps entretiennent,
Et devant toy agenouiller se viennent,
En attendant que mieux nous te chantions,
Et qu'à tes yeux sainctementpresentions
Ce que ja chante à toy, le fils des Dieux,
La terre toute, et la mer, et les Cieux. |
 
ACTE PREMIER. L'OMBRE D'ANTOINE.
Dans le val tenebreux, ou les nuicts eternelles,
Font eternelle peine aux ombres criminelles,
Cedant à mon destin, je suis volé n'aguere,
Ja ja fait compagnon de la troupe legere,
Moy (dy-je), Marc Antoine, horreur de la Grand'Romme,
Mais en ma triste fincent fois miserabkle homme.
Car un ardent amour, bourreau de mes mouëlles,
Me devorant sans fin sous ses flammes cruelles,
Avait esté commis par quelque destinee
Des Dieux jaloux de moy, à fin que terminee
Fust en peine et malheur ma pitoyable vie,
D'heur, de joye et de biens paravant assouvie.
O moy deslors chetif, que mon oeil trop folastre
S'égara dans les yeux de ceste Cleopatre !
Depuisce seul moment je sentis bien ma playe
Descendre par l'oeil traistre en l'ame encore gaye,
Ne songeant point alors quelle poison extreme
J'avois ce jour receu au plus creux de moymesme :
Mais, helas ! en mon dam, las ! en mon dam et perte
Ceste playe cachee en fin fut decouverte,
Me rendant odieux, foulant ma renommee
D'avoir enragément ma Cleopatre aimee ;
Et forcené aprés comme si...
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