Clotilde

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  • Publié le : 19 mai 2010
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LA PLUIE
Roland Dubillard

UN : je ne la supporte pas.
DEUX: Pourquoi?
UN : je ne sais pas.
DEUX: Vous avez toujours été comme ça?
UN: Depuis tout petit.
DEUX: Et vous n'avez jamais essayé ?
UN : De sortir sous la pluie ? Si, plusieurs fois. Mais je ne supporte pas.
DEUX: Question d'éducation. Vos parents auraient dû vous forcer.
UN : Non. C'est plutôt une question detempérament. Vous-mêmes, il y a sûrement des choses que vous ne supportez pas.
DEUX: Bien sûr. Le feu, par exemple. A aucun prix je ne me promènerais dans une forêt qui flambe. Mais moi, je sais pourquoi.
UN: Ce n'est pas du tout comparable.
DEUX: Non, parce que le feu, même si on m'y forçait... Tandis que vous, la pluie, si vous le vouliez vraiment... je suis sûr que vous supporteriez très bien devous promener dessous.
UN : Oui, bien sûr, comme tout le monde. Simplement je préfère attendre qu'il fasse beau.
DEUX: Moi aussi, je préfère attendre qu'il fasse beau
UN : Mettons que j'ai une préférence exagérée pour attendre qu'il fasse beau.

DEUX: Mais enfin, la pluie, vous avez quelque chose de spécial à lui reprocher, à la pluie ?
UN : Moi, non. je l'aime bien, la pluie. C'est joli. Çafait un bruit que j'aime bien. Ça fait du bien aux fleurs. Ce que je n'aime pas, c'est me promener dessous.
DEUX: Mais moi non plus je n'aime pas me promener sous la pluie. Faut toujours que vous vous preniez
pour quelqu'un d'exceptionnel! Personne n'aime ça 1 Mais tout le monde supporte.
UN : Eh bien moi, j'ai une façon particulière de ne pas aimer ça : je ne supporte pas.
DEUX: Tout çan'est pas très clair. Voyons. Voulez-vous que nous fassions une petite expérience. Vous
êtes dans la campagne. Vous êtes cerné. Vous avez à droite une forêt qui flambe, et à gauche, il commence à pleuvoir. Qu'est-ce que vous faites ?
UN : J'attends que ça s'arrête.
DEUX: Ça ne s'arrête pas. Il faut choisir. Qu'est-ce que vous choisissez ?
UN : je choisis la pluie. Bien sûr. Mais sans joieDEUX: Pourtant, vous m'avez dit que vous l'aimiez bien, la pluie.
UN: je l'aime bien oui. Mais de loin.
DEUX: Vous êtes un drôle de type.
UN: Non, je ne suis pas un drôle de type. Il y a des choses qu'on aime, mais pas de trop près. Le feu, par exemple, que vous ne supportez pas, je suis sûr que vous l'aimez bien.
DEUX: Bien sûr, je l'aime bien. J'aime bien faire cuire mes nouilles avec...
UN: Mais vous n'aimez pas vous promener dedans. Eh bien moi, la pluie, je n'aime pas me promener dessous. C'est pareil
DEUX: Non, ce n'est pas pareil, le feu. Parce que le feu ça brûle, figurez-vous. Et à la longue ça tue.

UN: On dit ça aussi de l'alcool. Ça ne vous empêche pas d'en boire.

DEUX: L'alcool, ça tue à la longue, oui; mais pas à la même longue que le feu. Pour le feu, c'est unelongue plus courte.

UN : Une longue plus courte! c'est vague.

DEUX: Enfin, je veux bien que, le feu et l'alcool, c'est pareil, puisque ils brûlent tous les deux. Mais la pluie, ça ne brûle pas.

UN : Non, mais ça mouille.

DEUX: C'est pas la pluie qui mouille, c'est l'eau.

UI\l : Mais la pluie, c'est de l'eau qui tombe. L'eau, pour qu'elle mouille, faut qu'elle tombe. De l'eau qui secontente de couler, par exemple, ça ne mouille pas les gens qui se promènent le long.

DEUX: Oui. Les rivières, pour qu'elles mouillent, il faut 1 tomber dedans.

UN : Tomber. Voilà. Pour qu'on soit mouillé, faut toujours que quelque chose tombe. Ou bien c'est l'eau qui tombe sur vous, ou bien c'est vous qui tombez dans l'eau. Dans les deux cas, il y a une chute... C'est à se demander, si ce neserait pas la chute qui mouille.

DEUX: Oui... Mais pas n'importe quelle chute. Que ce soit un pavé, par exemple, qui vous tombe sur la tête, ou que ce soit vous qui tombiez dans la cage de l'escalier, dans les deux cas vous restez sec. Pour qu'une chute mouille, il faut qu'il y ait de l'eau dedans.

UN: Faut que je note ça sur mon carnet. « Pour être mouillé, il faut 1) de l'eau, 2) une...
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