Comment les autres forment l'enfer dans huis clos

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1283 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 29 mai 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Il n'est pas nécessaire de descendre sous terre pour se trouver en enfer. Sartre nous montre dans Huis Clos (1944) un enfer éternel qui peut se trouver parmi nous, par exemple dans un salon Second Empire. Dans Huis Clos les personnages constituent chacun l'enfer des autres. Nous allons, dans un premier temps, étudier comment la présence des autres est sentie comme néfaste et en même tempsinévitable, et la volonté des personnages de s'échapper de la pièce. Mais même si la présence des autres est une mauvaise chose en soi, les personnages ont tous besoin des autres, et nous allons étudier ce besoin dans une deuxième partie. Après avoir vu ce double rapport avec les autres, nous terminerons en voyant comment cet enfer est éternel.
La présence des autres personnages dans la pièce estembarrassante, et de plus elle est obligatoire. Les personnages ne peuvent s'échapper, il n'y a pas de refuge, pas de repos. Il fait toujours jour, la lumière est très forte, tout ce qu'ils font sera vu. Ils ne peuvent pas fermer les paupières ; ils ne pourront pas se cacher dans le sommeil. La pièce où ils sont enfermés est petite, il n'y a pas d'endroit où l'on puisse se cacher pour être seul, pouravoir un peu d'intimité. Il n'y a pas de livres, qui pourraient permettre pour un moment d'oublier la présence des autres, en entrant dans l'histoire fictive. Personne ne peut s'abîmer dans une contemplation narcissique, car il n'y a pas de miroir. Pour se connaître, il faut passer par le regard des autres. Il n'y a rien dans la pièce qui leur permette d'oublier la présence des autres. Il faut «vivre les yeux ouverts » (p 19).
En même temps qu'ils ont tous les trois besoin des autres, ils veulent s'échapper et se cacher. Les autres leur font mal psychologiquement. Ils se forcent les uns les autres à raconter les crimes qu'ils ont commis sur terre. C'est un tourment, une plaie, surtout pour Estelle, qui a beaucoup de mal à avouer son histoire. Nous pouvons distinguer un triangle depouvoirs entre les personnages. Inès a un pouvoir sur Garcin, comme elle n'arrête pas de le voir comme un lâche. Elle a aussi un pouvoir sur la relation entre Garcin et Estelle. Ils ne peuvent rien faire quand elle les regarde, ils n'y arrivent pas. Nous pouvons aussi voir ce pouvoir dans l'autre sens. Estelle et Garcin ont un pouvoir sur Inès, car elle devient hystérique, elle a une crise de nerfs,quand ils commencent à se déshabiller devant elle pour faire l'amour. Ils ne font pas attention à son cri : « Estelle ! Garcin ! Vous perdez le sens ! Mais je suis là, moi ! [...] Devant moi ? Vous ne ... vous ne pouvez pas ! » (p 74). Garcin a un pouvoir sur Estelle, qui le désire. Il peut la laisser tomber dès qu'il veut, c'est ce qui lui donne une prise sur la coquette.
Ainsi les troispersonnages sont inséparables par la puissance de leurs désirs contradictoires. Sartre montre que la présence de l'autre est nécessaire. Quand « la porte s'ouvre brusquement » (p 86), personne ne part. Ils sont trop attachés à autrui, « [ils sont] inséparables » (p 87).
De la même façon qu'il y a un triangle des pouvoirs, il y en a un des besoins. Les trois personnages, Inès, Garcin et Estelle, ont tousles trois besoin des autres personnages. Garcin sera le premier à réaliser cela, en disant : « Aucun de nous ne peut se sauver seul ; il faut que nous nous perdions ensemble ou que nous nous tirions d'affaires ensemble » (p 63). Estelle est une femme très coquette qui a constamment besoin d'être vue par les autres. Lorsqu'elle se rend compte qu'il n'y a pas de miroir en cet enfer, sa seuleressource devient le regard des autres. Inès le comprend, et elle la taquine : « si je fermais les yeux, si je refusais de te regarder, que ferais-tu de toute cette beauté ? » (p 48). Mais Estelle a surtout besoin d'un homme, de quelqu'un qui puisse satisfaire son désir érotique. Elle essaie de convaincre Garcin de la vouloir : « Est-ce que tu me désires ? [...] C'est tout ce que je veux. » (p 74)....
tracking img