Comment sexplique le geste criminel de thrse ?

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  • Publié le : 28 mai 2009
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Thérèse Desqueyoux

Comment s’explique le geste criminel de Thérèse ?

1) Une condition féminine bléssée dans sa sexualité.

Si l’on veut comprendre Thérèse, il faut remonter à l’origine. Elle n’a jamais connu sa mère morte au moment de lui donner le jour. Mauriac relève d’ailleurs plusieurs fois dans ce roman la fréquence des décès féminins lors des couches. Ce risque ne fera jamaistrembler Thérèse mais contribuera à créer en elle le sentiment d’une profonde injustice : la condition féminine marquée par les dangers de la maternité n’est pourtant pas reconnue ni appréciée à sa juste valeur par les mâles.
Cette orpheline n’a ensuite guère de contacts avec son père, bien disposé cependant, mais maladroit et peu enclin à considérer une fille comme importante. Aussi n’est-il pasétonnant de le voir se comporter en père absent plaçant son enfant en nourrice, puis en pensionnat, et l’éloignant à Argelouse au moment des vacances (suivant en cela les goûts de sa fille). Jamais le père n’a conforté sa fille dans sa féminité, jamais il ne lui a reconnu charme ou intelligence. Ce père « radical entêté, méfiant », athée mais conservateur est « le seul homme supérieur qu’elle connut ».Cet « anticlérical » « pudibond » est un politicien cassant, un grand propriétaire et un industriel avisé. Sa fille, quantité négligeable qu’il ne comprend pas, est au contraire rabaissée par sa misogynie caricaturale exprimée dans sa phrase favorite : « Toutes des hystériques, quand elles ne sont pas des idiotes ».
Thérèse se méfie de la sexualité, de l’attirance sensuelle et idéalisée pourl’autre sexe. Elle ne croit pas au bonheur et à l’épanouissement dans le couple. Ses études au lycée l’ont orientée vers un réalisme pessimiste : la vie est terne, les joies (trouvées d’ailleurs souvent dans les souffrances pures) sont ténues. Anne, au contraire, a découvert chez les religieuses les fièvres du mysticisme qu’il est facile de dévoyer du domaine divin vers l’attirance amoureuse. Thérèseenvie les élans de sa jeune amie, mais au même moment la juge futile, sinon sotte.
L’amitié avec sa future belle-sœur est peut-être un amour saphique qui ne dit pas son nom. Comment rendre compte de l’association suivante dans la confession de Thérèse lorsqu’elle évoque son adolescence aux côtés d’Anne : « Étais-je si candide ? Tout ce qui précède mon mariage prend dans mon souvenir cet aspect depureté ; contraste, sans doute avec cette ineffaçable salissure des noces » ? Comment relier cet épisode de la sexualité en construction à cette nuit de noce dégradante sans supposer une autre affection à la sexualité encore indéterminée ? Plus loin, Thérèse se languit de l’absence d’Anne qui, par jeu ou par convenance, a décidé d’espacer ses visites au point que Thérèse devient « cette jeunefille un peu hagarde ». Seule une telle affection peut expliquer le geste étrange de Thérèse qui a reçu une lettre de sa jeune amie lui révélant sa passion pour Jean. Thérèse se livre alors à une cérémonie d’envoûtement puérile en perçant d’une épingle le cœur du jeune homme sur la photo qui est jointe au courrier, puis elle déchire les documents en menus morceaux et les jette dans les toilettes. Cerituel de magie noire a sans doute deux significations : la jalousie et le signe d’un début de possession. En tout cas, cette amitié avec Anne a fixé Thérèse sur la pureté d’avant.
Thérèse n’a pas de mots assez durs pour évoquer la nuit de noce, « ce que son corps innocent allait subir d’irrémédiable. Anne demeurait sur la rive où attendent les êtres intacts. Thérèse allait se confondre avec letroupeau de celles qui ont servi ». « Ce fut horrible… ». Thérèse a donc fait l’expérience de l’avilissement, de la perte d’estime pour soi quand sa pureté est dégradée. Épouse peu épanouie, Thérèse simule le plaisir, ment à son mari « enfermé dans son plaisir comme ces jeunes porcs charmants […] lorsqu’ils reniflent de bonheur dans une auge (« c’était moi l’auge », songe Thérèse). » « Le désir...
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