Commentaire au bonheur des dames

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  • Publié le : 28 mars 2010
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Au XIXème siècle, le commerce change, et on voit apparaître des grands magasins. Zola est un spectateur de ces changements, il décide donc d'en faire un épisode des Rougon-Macquart, intitulé Au Bonheur de Dames. Quelques pages avant la fin, un paragraphe nous décrit la dernière journée de grande vente. L'auteur y met en relief le bâtiment, la clientèle et Mouret, le propriétaire au sommet de sapuissance.

Cet extrait se situe au Bonheur des Dames, un grand magasin contemporain de Zola. L'auteur est fondateur du naturalisme, -procédé d'écriture consistant à étudier un milieu puis à y intégrer des personnages et à les observer de manière scientifique- il a donc étudié et fait des recherches sur les grands magasins, et spécialement sur Le Bon Marché, un de ces énormes commerces. Cettedocumentation lui a permis de nous décrire très précisément le bâtiment. Il nous parle de « l'énorme charpente métallique », d' « escaliers suspendus », de « ponts volants » mais aussi de « feux électriques ». Il faut noter que les structures métalliques et surtout l'électricité étaient modernes pour l'époque ce qui rend le bâtiment d'autant plus imposant. Ce gigantesque édifice, capabled'accueillir une foule, et très en avance sur son temps, est un magnifique palais.
Le Bonheur a aussi un aspect surnaturel, notamment à cause de l'éclairage. En effet, son « flamboiement » et les« ombres noires » qui s'enlévent avec « vigueur » sur « les fonds pales », créent une alternance entre la lumière et l'ombre. La lumière fait apparaître le côté paradisiaque du magasin, avec ses « entassementscontinus de marchandises », ses « baisses des prix » et le « luxe » qu'il offre aux ménagères.
En revanche, l'ombre développe le côté maléfique du commerce de Mouret, dans lequel la clientèle « dépouillée » et « violée » s'en va « à moitié défaite ». Il se transforme donc en un portail vers l'enfer (tatsaaam), dans lequel la clientèle viendrait pécher, avec « la sourde honte d'un désir contentéau fond d'un hôtel louche ». C'est ainsi que le Bonheur possède un aspect ambigu, paradisiaque par ses rabais, mais infernal par la consommation effrénée qu'il entraine.

La foule formant la clientèle du Bonheur semble exclusivement féminine, ce qui nous permet de remarquer que le point de vue de Zola envers les femmes est misogyne (comme le veut l'époque), il les considères comme le « peuple »de Mouret, dont la seule raison de vivre serait de consommer. Le désir d'acheter de ces femmes devient un désir sexuel, que l'on contenterait « au fond d'un hôtel louche », il serait un « culte sans cesse renouvelé du corps, avec l'au-delà divin de la beauté ». L'auteur renforce le côté érotique de sa description en parlant d'une « mer de corsages gonflés de vie, battant de désir » et du« corsage nu » de madame Desforges. Conforme aux théories de l'époque sur l'hystérie féminine, « dépense nécessaire de passion nerveuse », l'explication de cette dépendance à la consommation fournie par Zola est freudienne avant la lettre : c'est un substitut à la sexualité.
La seconde explication à ce besoin d'acheter est l'absence de religion, car Zola ne critique pas seulement l'attitude des femmesmais aussi l'Église. D'après lui, la foi « déserte » peu à peu les églises, c'est pourquoi la création de Mouret apporte « une religion nouvelle ». La femme viennent y passer  « les heures frissonnantes et inquiètes qu'elle vivait jadis au fond des chapelles ». Le culte de Dieu est donc remplacé par celui du Bonheur, et Mouret devient aussi puissant qu'un dieu car «  s'il avait fermé ses portes, ily aurait eu un soulèvement sur le pavé, le cri éperdu des dévotes auxquelles on supprimerait le confessionnal et l'autel ». L'auteur, minimisant l'Église bien avant qu'elle ait perdu de son pouvoir, laisse transparaître ses aspirations politiques : la force de l'Eglise doit disparaître sans pour autant être remplacée par celle d'un homme.

Mouret est très cruel envers sa clientèle car, sous...
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