Commentaire baudelaire la musique

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  • Publié le : 19 mai 2011
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Auteur : Baudelaire
Titre : La musique
Époque : 19 ième
Oeuvre dont est tiré le titre : Les Fleurs du mal

La musique :
La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;
La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;
Je sensvibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions
Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !
Baudelaire : Les fleurs du mal (1856)
Commentaire :
Les poètes entretiennent souvent une relation fructueuse avec les autres arts. Le recueil Les Fleurs du Mal(1856) témoigne de cette osmose ;Baudelaire célèbre la peinture dans « Les Fleurs », évoque la sculpture dans « La Beauté », et dans « La Musique » il nous fait de la façon dont, ordinairement, il ressent l'audition d'un morceau de musique, que nous pourrions par exemple attribué à Richard Wagner qui a souvent suscité son admiration. Pour nous permettre d'entrer dans sa sensation auditive, Baudelaire recourt à une vastemétaphore qui structure le texte et qu'il importera d'étudier en général avant de s'attacher à l'analyse du comparant, le voyage maritime, qui sert à évoquer les états d'âme contrastés du poète.

D'emblée le lecteur est saisi par le caractère éminemment métaphorique de ce texte. Au lieu d'analyser la musique qu'il écoute, Baudelaire nous la donne à entendre par le rythme et les sonorités, et à voir, àtravers l'image filée du flot musical qui l'emporte. Le comparé « la musique » n'est nommément présent que dans le titre et l'incipit. Tout part ici de la sensation auditive, comme dans « Parfum exotique » la vision naît d'unesensation olfactive.

Un texte entretient toujours un dialogue avec son titre-annonce, désignation, programme-, aussi gardons-nous l'idée de musique à l'esprit tout au long dutexte, même si Baudelaire, par le jeu des synesthésies (les couleurs, les parfums et les sons se répondent), semble nous emmener bien loin du domaine des sons. Le comparé « la musique », disparaît au profit du comparant « la mer », l'audition du morceau de musique devenant un voyage en voilier avec toutes ces vicissitudes. A partir du second vers la métaphore filée est presque in absentia tant laréférence directe à la musique disparaît. 

Il est probable que Baudelaire s'inspire ici de la musique de Wagner qui redonna une grande importance à l'orchestre tout au long de ses opéras prenants et envoûtants comme l'océan. Dans une de ses lettres au compositeur, en 1860, le poète célébra « la solennité des grands bruits, des grands aspects de la Nature » qu'il retrouvait dans ses ouvrages etdira éprouver, à leur audition « une volupté vraiment sensuelle et qui ressemble à celle de monter dans l'air ou de rouler sur la mer ». 

La mer offre en effet ici l'idée de l'immensité et surtout du mouvement. L'allitération en labiales m, retirée quatre fois, insiste sur l'initiale commune de « musique » et de « mer » qui ont sur le poète l'effet d'un emportement total. « me prend » agitcomme une prise de possession amoureuse ou maternelle. Lamodalité exclamative renforce l'élan de cet incipit. Par la suite, le mouvement sous toutes ses formes évoque les variations de la musique et les aléas du voyage en mer tous deux analogiques de la vie intérieure du poète en proie à la joie ou au long tourment. L'allusion à la nuit vers 7-8 (« les flots.que la nuit me voile ») montre que lasensation visuelle cède sa place au ressenti du mouvement pur (« j'escalade le dos. »). Un lexique ambigu vient servir cette figure de l'analogie qui, amorcée par une comparaison « comme une mer », s'épanouit en une vaste métaphore structurelle. Un verbe comme « vibrer » s'applique au trois domaines des sens : vibration des ondes sonores, de la coque du navire soumis à la colère des flots, et du...
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