Commentaire "clair de lune" victor hugo

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1261 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 15 juin 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Clair de lune
Hugo
Eléments de commentaire

Les Orientales, recueil poétique de jeunesse de Victor Hugo publié en 1829, illustrent la convergence d’une fantaisie créatrice et d’un courant de pensée : revendiquée par Hugo, la fantaisie créatrice repose sur une liberté dans la versification refusant les contraintes classiques ; l’inspiration, quant à elle, rejoint le courant orientaliste, alorsà la mode ; mais dans ce poème, « Clair de lune », Hugo dépasse le simple folklore exotique et y joint plusieurs inspirations différentes : le texte s’inspire, certes, d’un poème de Byron, « Le Giaour », évoquant la mort de Leïla, femme d’Hassan, jetée aux flots pour avoir aimé un chrétien, mais réagit aussi à un contexte historique : la guerre d’indépendance de la Grèce, guerre qui vit les Grecsse révolter contre les Turcs, qui occupaient leur pays depuis quatre siècles, et se heurter à une répression féroce et cruelle : les sacs humains jetés aux flots dont parle le poème font allusion aux supplices infligés aux Grecs mutinés par le tyran turc, les noyant en les enfermant vivants dans des sacs, jetés à la mer.
Ce poème nous présente donc deux visions de l’orient, l’une purementesthétique et relevant de la carte postale exotique, l’autre engagée, traitant d’un événement historique réel qui suscita l’indignation de l’Europe. Hugo y projette toute son habileté à créer un univers fantastique

I Un orient de convention : un clair de lune de carte postale
1) Les éléments du pittoresque oriental :
-La sultane, enfermée dans son harem (le « sérail » v 13) ouvrant « enfin » lafenêtre : un moment nocturne d’évasion, pour les femmes enfermées et inaccessibles (v 13 « qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes »)
-les djinns, esprits de l’air, à connotation diabolique, v 11
-les noms : « les eaux de Cos », « l’archipel grec », « la rame tartare » v7-8

2) Un clair de lune harmonieux :
Le cadre spatiotemporel, encadrant l’histoire, comme une carte postale, v 1et v 20 : un clair de lune, avec des effets de clair-obscur liés aux reflets lumineux sur les eaux noires :
V 1 « la lune était sereine et jouait sur les flots »
V 4 « d’un flot d’argent brode les noirs îlots »
V 10 « l’eau qui roule en perle sur leur aile »
On a donc plusieurs effets lumineux : jeu du reflet de la lune sur les flots, pourtour lumineux de l’écume bordant les îles, perles d’eausur l’aile des cormorans.

3) Une carte postale musicale : harmonie des vers :
Des alexandrins réguliers, avec des échos harmonieux :
V 1 « la lune était sereine// et jouait sur les flots » alternance de liquides (l) et de é-è
« la fenêtre enfin libre// est ouverte à la brise,
La sultane regarde, //et la mer qui se brise, 
Là-bas, / d’un flot d’argent brode les noirs îlots » : alternance dei, er, o, rejet de « là-bas’, mimant l’écume qui se brise. Le jeu des sonorités et du rythme suggère l’ouverture de l’espace et du regard sur une mer paisible.

II Une scène fantastique : une mystérieuse perturbation :
1) Une mise en mouvement : le tableau s’anime :
-Passage d’un présent de description, encadré par l’imparfait v 1 et 20, à un présent d’action, avec des verbes demouvement :
« s’échappe » v 5, « battant » v 8, « frappe » v 6, « plongent » v 9, « coupent » v 10, « jette » v 12.
-Ce mouvement est celui de la réaction humaine à un élément perturbateur : la sultane, troublée, lâche sa guitare, écoute, s’interroge.
Il est aussi celui de l’élément perturbateur : « un bruit sourd frappe les sourds échos »

2) Une scène fantastique :
a) Une menace : les bruitsévoqués sont de nature menaçante :
Le bruit « frappe », les rames « battent », les cormorans « coupent l’eau », le djinn « jette » les créneaux. Ces verbes évoquent des actions violentes, résumées par le mot « trouble », exprimant l’idée d’une perturbation interdite, près du « sérail des femmes », lieu tabou.
b) Des objets personnifiés, qui prennent vie :
La guitare « s’échappe », comme...
tracking img