Commentaire composé, essais, montaigne

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 8 (1833 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 19 octobre 2009
Lire le document complet
Aperçu du document
Introduction

S’il est beaucoup question de jugement et de fortune dans l’œuvre de Montaigne, c’est que justement ces notions, et le débat qui les entoure à son époque, interrogent le moraliste. Le jugement et la fortune sont, dans les Essais, le lieu d’une réflexion et d’une mise en problème, bien plus que d’une solution de l’un à l’autre. La première impulsion de la réflexion vient sans doutedu contexte social et politique de guerre de religion dans lequel Montaigne aborde la question. De ce fait la thématique militaire, qui constitue ici le moule de l’argumentation, reflète l’équivocité des actions entreprises à des fins pourtant simples : la victoire. Le titre, « De l’incertitude de notre jugement », révèle d’emblée l’issue du discours montaigniste : l’impossibilité, pour l’homme,de connaitre, de prévoir. En effet, dans ce début du chapitre 47 des Essais, Livre I, il s’agit pour lui de remettre en cause toute connaissance qui se veut absolue dans le cadre d’un scepticisme positif en lui assujettissant le concept de fortune qui signifie tantôt chance, tantôt malchance, toujours avec un caractère fortuit. Pour Montaigne, seule compte une sagesse pratique, seule importe unevertu réalisée. En cela, il suit bien le mouvement humaniste qui tend à faire prévaloir l’autonomie de la sphère morale sur la sphère théorétique, mais sans faire face à la charge du hasard. A quel point, donc, le texte, et plus généralement l’écriture de Montaigne, peut être considéré comme une délibération perpétuelle et un déploiement d’une prudence repensée et fondée sur le hasard. Il s’agitdonc de voir tout d’abord les différentes manifestations de cette « incertitude de notre jugement » et de cet éclatement de l’esprit, ensuite on essayera d’examiner l’image de l’homme faible et écrasé dans le texte, à mette en question même la notion de raison. On verra comment la fortuité du jugement humain fonde le concept même de prudence et permet à Montaigne une subversion ironique de cettedernière chez les Anciens et les contemporains.

I-

« De l’incertitude de notre jugement »

Dans l’ensemble des Essais, et en occurrence l’extrait qui nous est proposé, Montaigne développe l’idée selon laquelle tout jugement auquel nous nous arrêtons es susceptible d’être répliqué sous la forme d’un jugement exactement contraire. Le texte d’ailleurs s’ouvre sur cette citation d’Homère : « ily a bien des façons de parler de tout et pour et contre », plus même, sa structure de décline en deux grandes parties qu’articule un « mais » d’opposition dans le dernier paragraphe. Dire par conséquent, que le jugement est « décision de rationalité », c’est dire qu’on prend la responsabilité épistémique d’arrêter la perception sur l’une de ses significations, et de déployer celle-ci pour enmesurer les possibilités.

1- Une connaissance relative :
Etre « sceptique » ce n’est pas de retenir de porter des jugements, c’est admettre que tout jugement souffre au moins virtuellement la concurrence d’une infinité de perspectives différentes. La valeur d’un discours tient principalement aux possibilités épistémiques et pratiques qu’il renferme, d’où bien évidement cette forme double du texteet même contradictoire. Une critique de la connaissance absolue s’installe au fur et à mesure de notre lecture, car, pour Montaigne, il est impossible de fixer des limites à la Nature ou à la Providence (que résume le terme de « fortune »). Une critique subtile dans le texte puisqu’elle n’est perçue qu’à travers la structure du texte, chapeauté par ce vers d’Homère que Montaigne traduit lui-même,ce qui est assez rare. Deux parties qui s’opposent, se nient mais forment un tout contradictoire à l’image même du jugement.

2- Eclatement de l’esprit entre contradictions et spéculations :
Vérité et mensonge ont donc le même visage, puisque ce ne sont pas les « gens » qui contrôlent l’esprit (dans le sens de raison), mais plutôt l’inverse, d’où la subjectivité qui est incapable de connaitre....