Commentaire compose

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 24 (5987 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 19 juin 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
avril mai 2006

no
la

24
lettre de

la Pléiade
Dans Villa Amalia, roman de Pascal Quignard, ces quelques lignes : « On dit que la toile selon son étendue, sa forme, sa solidité, ses leurres, sa beauté, au tout dernier moment tisse l’araignée qui lui est nécessaire. / Les œuvres inventent l’auteur qu’il leur faut et construisent la biographie qui convient. » Un paradoxe sans doute, mais« le chemin du paradoxe est le chemin du vrai », disait Wilde, qui s’y connaissait. Ainsi, la biographie de Saint-Simon après 1723, celle de Proust à partir de 1909 seraient inexplicables, si elles n’avaient pas été construites par des œuvres elles-mêmes en construction. L’Iliade et l’Odyssée, que leur forme permettait de mémoriser, se donnèrent pour les poèmes d’un aède aveugle. — James Joyce,auteur d’une nouvelle Odyssée, avait une très mauvaise vue.
« Au long de mon propre temps » 2

Dans Ulysse, Stephen Dedalus, créature et alter ego de Joyce (qui signa de ce nom des textes de jeunesse), joue à confondre la biographie de Shakespeare et la vie de Hamlet. Shakespeare eut un fils prénommé Hamnet et qui mourut en 1596. Hamlet fut écrit entre 1595 et 1601 ; c’est Shakespeare quiinterprétait le Spectre, père du jeune Hamlet. Qui

Du bon ordre d’une publication posthume, ou Camus lecteur de Saint-Exupéry
Avant première 4

Les exercices de Raymond Queneau
Parmi les nouveautés 6

construit qui ? Des biographes d’« extérieur » refusent cette rêverie en rappelant que Hamnet était le prénom d’un ami de Shakespeare et que des récits évoquent un prince danois appelé Amleth. On nepeut leur donner tort. Mais comment ne pas écouter aussi ce que l’œuvre dit d’ellemême, « ce qui chante dans le chant » ? Quignard invite son lecteur à rêver la vie des auteurs depuis l’intérieur des œuvres. La Pléiade reprend volontiers ce conseil à son compte.

Albert Camus Jean Cocteau
Le cercle de la Pléiade vous informe 8

2 la lettre de la Pléiade n°24

« au long de mon propre temps »Du bon ordre d’une publication posthume, ou Camus lecteur de Saint-Exupéry
Albert Camus n’appartient pas à la poignée d’auteurs publiés de leur vivant dans la « Pléiade ». Peut-être en aurait-il été autrement sans le funeste accident d’automobile du 4 janvier 1960 qui mit fin brutalement à ses jours. Posthume, la publication de ses œuvres se fit donc sans recommandation explicite de sa part.Roger Quilliot, à qui fut confié le soin d’établir la première édition de ses écrits dans la « Pléiade » au lendemain de sa mort (deux volumes, parus en 1962 et 1965), a donc été le premier à essayer de conférer à cette réunion un juste agencement ; mais aujourd’hui, quelque quarante ans plus tard, la publication des deux premiers volumes de la nouvelle édition des Œuvres complètes d’Albert Camusdonne lieu à une révision de ce plan initial1. Car à la question, somme toute assez classique, des critères de classement, chaque époque apporte ses réponses, ses justifications scientifiques. Ainsi Roger Quilliot lui-même s’interrogeait en ces termes dans les années 1960 : « Toute classification tient un peu de l’arbitraire, la politique ne se séparant jamais chez Camus de la réflexion philosophique etmorale, de la méditation sur l’art ou de la recherche littéraire. » Aussi avait-il pris soin de respecter la chronologie des publications, tout en opérant une division en deux blocs distincts (correspondant aux deux volumes de son édition) : les œuvres ressortissant à la « fiction » et celles relevant de la « réflexion ». Notre nouvelle édition approfondit le parti pris diachronique : les quatrevolumes qui la composeront suivront pleinement la chronologie de parution des œuvres, tous genres confondus, et, à défaut de publication, l’ordre de rédaction des textes (voir la « Note sur la présente édition », I, p. xcix-civ). Ces questions ne sont pas seulement l’affaire des spécialistes ; de leur résolution découle le sens que l’on prête a posteriori à une œuvre et aux mouvements qui l’ont...
tracking img