Commentaire de la lettre 161, les liaisons dangereuses

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  • Publié le : 14 mai 2010
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Lettre 161, Les Liaisons Dangereuses, Laclos.

I. Une lettre d’adieu, destinée à différents destinataires
La lettre 161, la dernière du recueil à être envoyée par la Présidente de Tourvel, se distingue des autres textes en raison de son originalité formelle : dans cette page, Laclos contourne, en partie, les codes traditionnels de l’écriture épistolaire.
a) Le brouillage de l’émetteurDans cette page, l’identité de l’émetteur peut sembler, à première lecture, inhabituellement flou. Comme l’indiquent l’entête incomplète (« La Présidente de Tourvel à… »), et les précisions mises en italique et entre parenthèses, il y a ici une dissociation nette entre l’énonciateur (celui qui est à l’origine du message, celui dont on entend la « voix », c’est-à-dire madame de Tourvel) et lescripteur (celui qui couche les mots sur le papier). La parenthèse introductive le précise : si les mots sont bien ceux de la Présidente, l’écriture est celle « de sa femme de chambre ». Avant même de débuter la lecture du texte, cette séparation des rôles met en évidence la faiblesse extrême de la victime de Valmont, trop affectée par les événements pour prendre la plume.
b) Une diversité dedestinataires
Autre originalité, la lettre n’est pas adressée à un seul, mais à plusieurs destinataires. La disposition en paragraphes isole nettement les différents allocutaires du discours de la Présidente. Le vicomte de Valmont est le premier destinataire de ce courrier. Quoique jamais explicitement nommé, il est régulièrement désigné, à l’aide de périphrases, dans les § 1, 4 et 5, comme la sourcedes malheurs de la Présidente (« être cruel et malfaisant » ligne 1, « auteur de mes fautes » ligne 13, « c’est à la fois pour lui et par lui que je souffre » ligne 31). Le Président de Tourvel apparaît lui aussi de manière indirecte, au travers du thème du mari trompé (« femme infidèle » ligne 22, « ta vengeance » ligne 23, « ta honte » ligne 24). On notera une opposition importante entre cesdeux figures masculines : si le vicomte incarne, dans ces lignes, le Mal absolu, la présidente met en valeur, a contrario, la bonté de l’époux (« l’estime » ligne 20, « tu me remisses une faute » ligne 28, « indulgence » ligne 29), qui pardonnerait les infidélités de sa femme. Enfin, cette lettre 161 est également adressée au groupe des « amis » (ligne 14) de la Présidente, groupe d’amis que lamarquise de Merteuil surnomme ironiquement, dans une lettre précédente, « le parti prude ». La référence aux proches se fait plus précise au fil de la lettre puisque la présidente vient à nommer deux de ses « amies » (ligne 47), qui renverraient ici à madame de Volanges et à madame de Rosemonde. La profonde tendresse qui lie l’énonciatrice à ces deux femmes est soulignée au travers du champ lexicalde la bonté («indulgente », « diminuer mes peines » ligne 49, « venez auprès de moi » ligne 50, « vous m’aimez encore » ligne 52). En plaçant son héroïne face à différents allocutaires, Laclos crée l’illusion d’un dialogue à plusieurs voix : le texte est ainsi ponctué de nombreuses apostrophes à la deuxième personne du singulier et du pluriel (« ne te lasseras-tu point de me persécuter ? » ligne2 ; « toi dont l’estime » ligne 20 ; « ne m’abandonnez pas » ligne 48). Grâce aux différentes phrases interrogatives et aux verbes à l’impératif (« « ne rends pas mes tourments insupportables » ; « viens punir » ; « reçois-moi dans tes bras » ; « répondez au moins à cette lettre »), le rythme de la lettre est particulièrement haletant et met en lumière les angoisses de l’émetteur. Au regard de cettemultitude de destinataires, on voit que la lettre 161 exerce différentes fonctions : elle blâme le comportement cruel de Valmont, elle fait office de confession ultime auprès du Président, elle cherche à émouvoir le cercle amical de la Présidente, elle met en évidence la culpabilité de madame de Tourvel, coupable d’avoir cédé aux avances du vicomte.
c) Le bilan pathétique d’une fin de vie...
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