Commentaire de moliere . dom juan

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  • Publié le : 29 avril 2010
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T E X T E

Acte III
Scène 2. DOM JUAN, SGANARELLE, UN PAUVRE.

SGANARELLE. Enseignez-nous un peu le chemin qui mène à la ville.

LE PAUVRE. Vous n’avez qu’à suivre cette route, Messieurs, et détourner à main
droite quand vous serez au bout de la forêt ; mais je vous donne avis que vous devez
vous tenir sur vos gardes, et que, depuis quelques temps, ily a des voleurs ici autour.

5 DOM JUAN. Je te suis obligé, mon ami, et je te rends grâce de tout mon cœur.

LE PAUVRE. Si vous vouliez, Monsieur, me secourir de quelque aumône ?

DOM JUAN. Ah ! ah ! ton avis est intéressé, à ce que je vois.

LE PAUVRE. Je suis un pauvre homme, Monsieur, retiré tout seul dans ce bois depuis
dix ans, et je nemanquerai pas de prier le Ciel qu’il vous donne toute sorte de biens.

10 DOM JUAN. Eh ! prie-le qu’il te donne un habit, sans te mettre en peine des affaires
des autres.

SGANARELLE. Vous ne connaissez pas Monsieur, bon homme : il ne croit qu’en deux
et deux sont quatre et en quatre et quatre sont huit.

DOM JUAN. Quelle est ton occupation parmi cesarbres ?

15 LE PAUVRE. De prier le Ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me
donnent quelque chose.

DOM JUAN. Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise ?

LE PAUVRE. Hélas ! Monsieur, je suis dans la plus grande nécessité (1) du monde.

DOM JUAN. Tu te moques : un homme qui prie le Ciel tout le jour ne peut pas
20manquer d’être bien dans ses affaires.

LE PAUVRE. Je vous assure, Monsieur, que le plus souvent je n’ai pas un morceau de
pain à mettre sous les dents.

DOM JUAN. Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu (2) de tes soins. Ah ! ah !
je m’en vais te donner un louis d’or tout à l’heure, pourvu que tu veuilles jurer (3).

25 LE PAUVRE. Ah !Monsieur, voudriez-vous que je commisse un tel péché ?

DOM JUAN. Tu n’as qu’à voir si tu veux gagner un louis d’or ou non. En voici un que
je te donne, si tu jures ; tiens, il faut jurer.

LE PAUVRE. Monsieur !

DOM JUAN. À moins de cela, tu ne l’auras pas.

30 SGANARELLE. Va, va, jure un peu, il n’y a pas de mal.

DOM JUAN. Prends, levoilà ; prends, te dis-je, mais jure donc.

LE PAUVRE. Non, Monsieur, j’aime mieux mourir de faim.

DOM JUAN. Va, va, je te le donne pour l’amour de l’humanité. Mais que vois-je là ?
Un homme attaqué par trois autres ? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir
35 cette lâcheté.

Il court au lieu du combat.

Molière, Dom Juan, Acte III, scène2.

(1) Nécessité : dénuement.
2) Reconnu : récompensé.
3) Jurer : blasphémer.

ÉTUDE ANALYTIQUE

Introduction

Comme Dante ou Goethe, Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière (1622 – 1673), incarne le génie propre d’une langue et d’une culture nationales : il n’est pas d’auteur plus français que lui. Mais il n’est pas non plus d’auteur plus universel : commeCervantès ou Chaplin, il incarne le rire dans sa puissance souveraine, qui transcende frontières et époques. Enfin, en matière de théâtre, son œuvre, avec celle de Shakespeare, constitue la référence absolue : pour tous les comédiens du monde, Molière demeure le « patron ».
La plupart des comédies de Molière reposent sur des conflits entre des parents cristallisant un défaut (avare, maladeimaginaire, femmes savantes, dévot naïf) et le reste de la famille (épouse la plus souvent, enfants qui cherchent à échapper aux conséquences désastreuses de ces manies).
En 1665, alors que l’affaire du Tartuffe bat son plein, pièce qui, bien qu’ayant plu au Roi, fut aussitôt interdite sous la pression de la dévote Compagnie du Saint-Sacrement qui accusait l’auteur d’impiété et lui reprochait de...
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