Commentaire de texte: julie ou la nouvelle héloise, sixième partie, lettre viii, de mme de wolmar à saint-preux, rousseau

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 7 (1653 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 5 décembre 2009
Lire le document complet
Aperçu du document
De nos jours, qualifier une personne comme étant heureuse signifie qu’elle a ce qu’elle désire. Or, cette conception du bonheur n’est point moderne. Depuis l’antiquité, il existe des philosophies hédonistes qui nous invitent à rechercher le plaisir, à obtenir ce que nous désirons afin d’être heureux. Calliclès, par exemple, nous dit dans le Gorgias de Platon que l’homme qui ne cherche pas àsatisfaire ses désirs mène « une vie de pierre ». De plus, Épicure nous enseignait qu’en apprenant à nous contenter de plaisirs simples, nous pouvons trouver l’ataraxie, ou l’absence de trouble, et ne pas souffrir du manque. Ainsi, le bonheur vient du fait que l’on doit apprendre à combler ses désirs : la fin du désir est le commencement de la vie heureuse. Cependant, le sens même du mot « désir »semble indiquer qu’il ne peut jamais être complètement comblé, le propre du désir étant de renaître perpétuellement, de sorte que la question se pose de savoir si le bonheur implique une amplification de nos désirs ou plutôt leur réduction. Le texte de Rousseau, extrait de Julie ou la nouvelle Héloïse (1761), repose ainsi cette question classique du rapport entre désir et bonheur pour nous affirmerparadoxalement que le bonheur résulte du désir lui-même, et non pas de sa satisfaction, ce qui met fin au désir et donc également au plaisir. Le problème du texte est par conséquent de savoir si le bonheur provient de l’art de mettre fin à son désir (ascétisme), ou bien si le bonheur se trouve plutôt dans l’art même de désirer, de renouveler sans cesse ses désirs (hédonisme).
Il est vrai quedésirer est en quelque sorte avoir l’âme troublée par une insatisfaction, un manque qui est nécessairement à la racine du désir et qui engendre une certaine forme de peine. On peut voir alors le désir comme la source de bien des maux. Afin de résoudre ce problème, certains pensent qu’il faut modérer ses désirs et apprendre à ne désirer que ce que nous pouvons obtenir facilement. Épicure, dans sa Lettre àMénécée, nous conseille de profiter des plaisirs simples et naturels et de nous en contenter. Sans doute l’Homme heureux peut-il apprendre à savourer des plaisirs plus subtils (boire un très bon vin par exemple) mais le jour où il n’y a que de l’eau, il ne faut pas s’en troubler et y trouver autant de plaisir. Les stoïciens, dans la même optique de « réduction des désirs », vont encore plus loinen pensant que le secret du bonheur consiste à désirer les choses telles qu'elles sont, comme elles arrivent, au lieu de désirer ce que l’on n’a pas. Le bonheur consiste ainsi à se mettre en accord avec le monde tel qu’il est, et ne pas souffrir de désirs impossibles.
Dans la première partie de ce texte, en revanche, Rousseau donne un point de vue complètement inverse : il explique que ce troublede l’âme, cette inquiétude produite par le désir, n’est pas un problème pour l’homme. Au contraire, l’état de désirer « se suffit à lui-même », dit-il. Cela veut dire que le but du désir n’est pas tant d’obtenir l’objet qu’il convoite, mais de tout simplement le désirer. Lorsque l’on désire, on est soumis à une sorte de charme qui nous rend heureux parce que nous voyons devant nous (de façonabstraite) un bonheur possible. Rousseau affirme même que le moment du désir et « l’inquiétude qu’il donne » provoque la jouissance et valent mieux que le moment où cesse le désir par l’obtention de ce que l’on souhaitait. Comme l’hédoniste Oscar Wilde a constaté, « Il y a deux tragédies dans la vie : l'une est de ne pas satisfaire son désir, et l'autre et de le satisfaire. » Il est vrai quele plaisir d’avoir une chose peut disparaître rapidement et quand on a une chose, on perd l’illusion et la passion de la désirer. Les chefs d’orchestre parlent de la tension et de la relâche dans la musique : plus on crée de la tension dans les harmonies et les rythmes, plus on expérimente la joie lorsque tout est relâché et que la musique se calme. Et puis, une fois que tout est fini, on se...
tracking img