Commentaire de texte - paul claudel - partage de midi - le cantique de mesa

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  • Publié le : 28 décembre 2011
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Introduction :
« Quelle est celle qui apparaît comme l’aurore, qui est belle comme la lune, resplendissant comme le soleil, mais redoutable comme des bataillons ? ». Instinctivement, nous répondrons Ysé. Cette-dernière le dit si bien : « Je ne porte pas où je vais le bonheur » (p.69 – vers 286). En effet, le bonheur est inexistant et ne touche pas les personnages de Claudel. Ils sont poussés,par leur destin, dans l’abysse des péchés et de l’immoralité si bien que nous pouvons nous demander : mais sont-ils sensiblement humains ? Il est certain que oui, car la mort frappe brutalement le protagoniste dominant de la pièce. L’acte III, dénouement tragique relativement poussé à son paroxysme, nous emmène dans une incompréhension totale. Ici, le réel laisse sa place à l’incertitude del’imaginaire dans l’esprit des spectateurs. La stabilité se démantibule et nous laisse au côté d’Ysé qui vit maintenant avec Amalric, après avoir quitté Mesa, dont elle eut un enfant. C’est l’époque de la révolte des Boxers, qui assassinent les résidents étrangers, et la maison où Amalric et Ysé se sont réfugiés a été minée et va exploser pour qu’ils échappent aux assiégeants. Survient Mesa, qui détient unpasse qui permettrait à Ysé de fuir. Il lui reproche son silence et la supplie de se sauver avec lui, De Ciz étant mort, dans un long monologue auquel elle ne répond pas un mot. Lorsqu’Amalric revient, une brève lutte oppose les deux hommes, et Mesa, vaincu, s’effondre, tandis qu’Amalric et Ysé s’enfuient après s’être emparés du passe. Mesa, demeuré seul dans la maison qui va exploser, s’adresseà Dieu dans un « cantique » où il prend conscience de sa faute et s’apprête à quitter ce monde. C’est dans un clair de lune quasi verlainien que nous nous retrouvons allongés auprès de Mesa agonisant et invoquant le ciel. Certain chante l’amour, d’autre vont chanter à la louange d’un sentiment religieux, Mesa, quant à lui va mêler l’amour et la religion dans un chant de douleur et de détresse.C’est après la tempête d’ « un éclat de rire hystérique » que nous nous retrouvons dans le chaste calme de la mort. Ce Cantique est vaporeux et nous laisse dans la nuit complète avec un Mesa « méditant », éclairé par la nuit.
Problématique : Scène solennelle et détachée de son contenu théâtral de par son titre, nous pouvons nous demander sous quelle forme Mesa, instrument de Dieu, nous fait voyager, àtravers son cantique, entre le monde de la repentance religieuse et l’horreur de l’univers cosmologique du chaos individuel claudélien.
Annonce du plan : Nous entrons d’abord dans l’illusion de Mesa, mirage du monde céleste où son imaginaire illimité prend le dessus sur sa raison. Cette vision cosmologique nous entraîne vers un déchainement Divin où la violence religieuse et celle des élémentsabandonnent Mesa dans une solitude impériale. Comme le disait André Malraux dans La condition humaine, « cette boule dont le mouvement allait faiblir était un destin, et d’abord son destin ». Ainsi, Mesa se questionnera et questionnera Dieu sur son existence et sur sa destinée.
• « Et moi, l’homme, l’Intelligent, » (vers 318)
Ce vers est composé d’un rythme ternaire (phrase composée de troismembres) qui rappelle l’insistance des propos de Mesa marquée par l’utilisation des trois virgules qui scindent solennellement son discours. Au fur et à mesure de son éloquence, Mesa emploie des termes qui montent en crescendo selon leur importance. Cependant, cela peut être compris comme étant une forme d’ironie de la part de Claudel puisque ce rythme ternaire et croissant nous montre les étapes dela déshumanisation de Mesa : « moi, homme, Intelligent ». Mesa se qualifie, tout d’abord, comme étant lui-même, de façon relativement orgueilleuse, puis va se caractériser de manière généraliste en employant le terme « homme » même si l’absence de majuscule le désigne individuellement comme « être humain ». De plus, son orgueil le pousse à employer le pronom indéfini « l’ » pour se définir....
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