Commentaire de texte : phèdre, acte i, scène 3

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  • Publié le : 3 février 2011
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Phèdre, Acte I, Scène 3

Le texte étudié est extrait de la tragédie en 5 actes et en alexandrins Phèdre, écrite par Racine en 1677. Dans cette scène 3 de l’acte I, Phèdre avoue à sa confidente, Oenone, son amour pour Hippolyte, le fils de son mari issu d’une aventure de ce-dernier. Cette scène, élément déclencheur crucial de toute la pièce, expose donc un amour bienparticulier. Phèdre, en avouant une passion paradoxale et coupable, n’exprime-t-elle pas la fatalité caractéristique des tragédies de Racine ? L’amour qu’elle dépeint est tout d’abord très contrasté, et semble mettre en péril l’intégrité de son âme. Cet amour peut être en outre vu, par différents aspects, comme un symbole de la fatalité racinienne.

Phèdre, dans cette tirade, avoue avant toutune passion dévorante qui la domine, effrayante car considérée comme incestueuse, et nuisant l’innocence qu’elle recherche, envers Hippolyte.
L’héroïne commence donc par décrire une puissante passion. Plusieurs champs lexicaux se rapportant à l’amour sont en effet présents. Celui des sens, très utilisé lors des rencontres amoureuses, est employé à plusieurs reprises : « je le vis […], à sa vue», « mes yeux ne voyaient plus », « parler », « je sentis ». D’autres lexiques, tels que celui du feu, avec « feux » et « brûler », ou celui de l’amour, avec « Vénus, « ardeur », « adorer », montrent bien l’amour que Phèdre porte à Hippolyte. Le vers 8, « je sentis tout mon corps et transir et bruler », en créant une accumulation avec l’emploi de deux « et » dans le second hémistiche, réaffirme lapuissance de son amour. Cet amour cause à la femme de Thésée un trouble significatif, souvent associé à une passion forte et soudaine. L’état d’agitation dans lequel elle se trouve est traduit par la ponctuation, dense, donnant au texte un rythme scandé. Le très célèbre vers 5, « je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue », illustre ce trouble grâce à une construction en parallélisme, le « je le vis» faisant écho à « à sa vue », pour mettre en relief les mots centraux, « rougir » et « pâlir », antonymes. Ainsi, Phèdre décrit un amour pouvant s’apparenter à un « coup de foudre », de par sa force et sa soudaineté.
Cependant, Phèdre réprouve elle-même la passion qu’elle éprouve. Elle y est en effet présentée comme dangereuse. Sa passion est comparée à une maladie : « mon mal », «incurable », « remèdes impuissants », « blessure ». Ce champ lexical confirme l’idée d’une passion dangereuse. Ce danger la fait fuir, et l’héroïne exprime plusieurs fois son désir d’éloigner le fils de Thésée : « je l’évitais », « bannir ». Un champ lexical de la lutte apparaît : « ennemi », « victimes », « révolter », « persécuter ». Les sonorités des vers où elle narre ces tentatives de chasserHippolyte sont dures et abruptes. Le vers 26, par exemple, est composé de nombreuses consonnes relativement « dures », (t et r), ce qui image le dégoût paradoxal que lui inspire son amour. Cette situation également bien illustrée par le vers 23, « Contre moi-même enfin, j’osai me révolter », où le paradoxe est mis en valeur par la césure à l’hémistiche. De plus, la tirade entière est construite sur unmodèle particulier mettant en relief la lutte vaine de Phèdre ; les dix premiers vers sont dédiés à son amour envers Hippolyte, tout comme les huit derniers. Ainsi, entre les deux, le récit de sa lutte inutile prend une importance particulière. Cette lutte contre l’amour qu’elle ressent devient parfois un combat spirituel, nécessaire, pour la pureté de son âme. L’expression « mon âme éperdue »,peut être entendue à la lecture comme la phrase « mon âme est perdue », ce qui montre encore une fois l’aspect néfaste de l’amour éprouvé.
Phèdre avoue donc ressentir une passion forte et incontrôlable, qui l’horrifie toutefois et contre laquelle elle se bat. Le changement de temps à la fin de la tirade est significatif ; le présent finalement utilisé affirme l’amour qu’elle déteste...
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