Commentaire de trois tableaux

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  • Publié le : 22 août 2011
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COMMENTAIRE DE TROIS TABLEAUX

Raphaël, Rubens et Armand de Polignac nous offrent trois représentations de la Justice. Ils retracent une évolution de la conception de la justice : à l’origine considérée comme divine, la Révolution française de 1789 bouleversera cette conception. Mais ils montrent également que la justice ne se limite pas à trancher : c’est un ensemble de vertus entremêlées quifera que celui qui rendra la justice le fera équitablement.


LA JUSTICE, Raphaël (Vatican 1510)

L’iconographie a eu un engouement pour la représentation de la Justice sous diverses formes. Raphaël nous en donne ici un magnifique tableau. Dans l’antiquité grecque, Thémis (déesse de la loi éternelle), a engendré de ses amours avec Zeus, des divinités qui incarnent les vertus dudroit : Eunomia (la discipline), Eiréné (la paix) et Diké (la justice).
Il est évident que Diké conserve une certaine connotation divine. Dans le tableau de Raphaël, elle est assise sur un nuage, au royaume des dieux et fait ainsi le pont entre son monde (celui des dieux), et celui des hommes. Le temps est ici suspendu, le tableau nous replace dans le temps éternel, illimité de la justice. Letemps de l’homme est lui différent, dans la mesure où l’homme vit dans les limites du présent. Mais la justice du haut des cieux, doit régner sur la totalité du monde, sans limite temporelle. De même, la justice s’organise dans un espace ouvert car celui-ci se confond avec l’espace de la souveraineté. C’est là une invitation à une justice de plein air, accessible à tous, dont la publicité se trouvenaturellement garantie.

Il convient de noter l’usage de termes latins, sur les plaques de marbre soutenus par les chérubins, de part et d’autre de la Justice. Cette utilisation d’une langue morte et sacrée, place le discours de la justice hors de la vie ordinaire.
La Justice s’apprête à trancher un différend qu’il ne nous est pas donné de voir. Diké tient le glaive de la justice de la maindroite, main dont le geste ne peut être que pur et juste.
Elle tient dans sa main gauche, une balance dont les deux plateaux sont parfaitement équilibrés. En tranchant, la Justice se doit d’être équitable. Cette balance fait référence à la pesée des âmes dont la tache était confiée à Anubis. Le cœur du défunt était posé sur un plateau tandis que sur l’autre, était déposée la plume de Maat (déessede la justice). Les deux plateaux devaient s’équilibrer pour que le défunt puisse être sauvé et ainsi jouir de la paix éternelle. Cette image de la Justice qui intervient donc à la fin des temps, sert de référence morale à toutes les actions.

JUGEMENT DE SALOMON, Rubens.

La justice s’est toujours trouvée liée à l’idée de royauté : fontaine de justice, source de justice, étaient desexpressions communes au Moyen-Age pour qualifier le roi.
Le Jugement de Salomon incarne l’idéal judiciaire. Ce n’est pas l’illustration de l’application de la loi mais davantage le fruit d’une sagesse intuitive. Dans le premier livre des Roi, lorsque Dieu demanda à Salomon ce qu’il souhaitait, celui-ci lui demanda « un cœur qui ait de l’entendement pour gouverner le peuple de Dieu et discerner le biendu mal » . C’est là une belle définition de ce que doit être un juge.
Le tableau retrace l’histoire de deux prostituées ayant chacune donnée naissance à un enfant. L’un deux mourut et la mère, dépossédée de son nourrisson, interchangea les deux bébés dans le courant de la nuit. Or, tout comme la nuit, les faits exposés devant le Roi Salomon sont obscurs, rien ne permet de distinguer entre levrai du faux, tant les deux femmes avancent les mêmes arguments. Cette position de mimétisme souligne la rivalité qui paralyse les procédures mais montre également que le juge a entendu de manière contradictoire les deux parties. Le principe du contradictoire figure parmi les proverbes tirés du jugement de Salomon : « le premier à parler dans son procès parait juste ; vienne la partie adverse,...
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