Commentaire des lettres persanes de montesquieu

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  • Publié le : 28 novembre 2010
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LETTRES PERSANES

Montesquieu

Le roi de France est vieux

La publication anonyme des Lettres persanes à Amsterdam n’était pas une vaine précaution. A peine voilée, derrière son intrigue galante et son vernis exotique (goût pour l’Orient car traduction des contes mille et une nuits), le roman de Montesquieu contient une attaque directe de la monarchie française. La lettre37 qui se présente comme un portrait de Louis XIV véhicule en fait une critique assez virulente de l’absolutisme royal. C’est ce que nous nous attacherons à dégager en montrant comment la lettre tend à se transformer en réquisitoire puis en nous intéressant aux motifs de la critique du roi.

I – De la lettre au réquisitoire

1 – Le prétexte épistolaire

Pour unelettre, ce texte présente des caractéristiques épistolaires atypiques. A l’exception de l’adresse, à l’exception de la date et du lieu d’expédition en bas de la lettre, on n’y trouve aucune caractéristique courante du texte épistolaire : ni formule de politesse ou d’amitié, ni mentions de nouvelles personnelles. Les indices pronominaux d’une situation de communication sont rares. On trouve desindices de la 1ère personne du pluriel dans le premier paragraphe, dans la 2ème et la 3ème phrase « nous n’avons point » et des indices de la première personne du singulier au début et à la fin du deuxième paragraphe « je crois ». Nulle part on ne relève un pronom de la 2ème personne. Ce texte ne possède donc pas les indices d’énonciation d’une correspondance amicale ou officielle. Essentiellementréférentiel (donner des infos), son objet tient entièrement de la description du roi. Le genre épistolaire n’est donc ici, que le prétexte pour l’établissement de la satire du monarque.

2 – Focalisation sur le roi

« Le roi de France » est présenté d’emblée et comme il est le seul sujet de la lettre, il n’est pas nommé et il se trouve ensuite désigné uniquement par le pronom de la3ème personne du singulier. Cette focalisation exclusive sur le monarque est un procédé stylistique à l’image de l’absolutisme qui indique une centralisation politique et protocolaire autour de la personne royale. Usbek lui-même précise que ce phénomène est la volonté du roi en notant « il n’est occupé, depuis le matin jusqu’au soir, qu’a faire parler de lui ».

3 – Un styleénumératif

La lettre apparaît comme un exposé a priori objectif de tous les traits psychologiques ou comportementaux qui ont pu frapper un voyageur persan chez Louis XIV. La plupart des phrases sont longues et parataxiques parce que, composées d’accumulations. Ces accumulations listent de façon systématique les contradictions dans le comportement royal. L’usage assez fréquent d’un rythme binairevient souligner les paradoxes ainsi exposés. Cette énumération systématique construit en fait une véritable charge contre les incohérences de la politique royale. Le rythme énumératif rapproche également le texte du discours judiciaire car il adopte une forme voisine de celle de l’énumération de chef d’accusation (ce que l’on reproche à quelqu’un qui est traduit en justice).
II – La critiquedu roi

1 – Le regard de l’étranger

Quelques références exotiques comme l’adresse « Usbek à Ibben à Smyrne », la date ou de rares métaphores fleuries, ex : l 28, « le prince devant qui tous les trônes se renversent, attestent que l’épistolier (rédacteur de la lettre) est un étranger ». Ses propres références culturelles n’étant pas françaises, ce qu’il découvre est nouveaupour lui. Usbek porte donc un regard distancier sur le monarque. Montesquieu a recours ici à ce que Roger Caillois (critique du XXème s) appellera la révolution sociologique. Il s’agit de « la démarche de l’esprit qui consiste à se feindre étranger à la société où l’on vit, à la regarder du dehors et comme si on la voyait pour la première fois ». Ce procédé permet de repérer des problèmes...
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