Commentaire du sonnet a philis

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  • Publié le : 2 décembre 2009
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Pierre de Marbeuf
« Sonnet à Philis »

Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère et l'amour est amer,
L'on s'abîme en amour aussi bien qu'en la mer,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.
Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
Et tous deux ilsseront sans hasard de naufrage.
La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.
Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

Pierre de Marbeuf, né en 1596 à Sahurs, est un poète baroque français duXVIIe siècle.
Au cours de ses études, il rencontrera Descartes et étudiera le droit à ses côtés. Il exercera néanmoins pendant un certain temps la fonction de maître des eaux et forêts qui explique en partie l'omniprésence des thèmes de la nature dans son œuvre. Il est notamment l'auteur de célèbres sonnets baroques comme le « Sonnet à Philis » et publiera son Recueil des vers en 1628. Il y meten avant les les thèmes de la nature comme expliqué précédemment, mais aussi les thèmes de l'amour, et également de la fragilité de la vie typique du courant auquel il appartient.
Faisant preuve d'une grande virtuosité, il se plait à jouer sur les mots et les sonorités dans ses poèmes. Dans ce « Sonnet à Philis » tout particulièrement, Marbeuf tente de démontrer la souffrance de la passion àtravers ces jeux de langage d'une habilité rare.
Nous évoquerons donc dans ce commentaire du « Sonnet à Philis » la comparaison entre la mer et l'amour dans un chaos organisé mettant en évidence une grande virtuosité mais également l'affirmation des tourments de la passion au cœur de ce poème profondément Baroque.

Ce poème met en évidence deux grands thèmes représentés par deux champs lexicaux. Onpeut voir tout d'abord le champ lexical de la mer (« la mer » vers.1, 2, 3, 4, 9 et 14,« eau » vers.5, 10, 11 et 12, « rivage » vers.5, « naufrage » vers.8, « larmes » vers.14) puis celui de l'amour (« amour » vers.1, 2, 3, 4, 8, 9, 10 et 13 ainsi que « amoureux » vers.12 et « aimer » vers.6).
Au delà de simplement évoquer ces thèmes dans le poème Marbeuf les met en comparaison d'une façon quiparaît chaotique c'est à dire profondément désordonnée notamment avec un jeu de ressemblances sonores. En effet on retrouve de nombres paronymes tel que « la mer » et « l'amour », « eaux et « maux » et « armes » et « larmes » mais celui-ci va encore plus loin avec de parfait homophones comme « la mer », « l'amer » et « la mère ». Cela entraine une grande confusion chez le lecteur accentuée qui plusest par la présence de ressemblances visuelles quasi-logiques car allant souvent de paires avec les ressemblances sonores. On note par exemple que « la mer » et « amer » sont visuellement proches.
Cependant cet apparent chaos de répétitions ( « la mer » est répété six fois dans le sonnet et « amour » huit fois) et d'anaphores (« Et la mer […] Et la mer » vers 1 et2) est en réalité le fruitd'une grande virtuosité dans la démonstration des déconvenues de la passion. En effet, dans les deux quatrains, l'auteur tente de prouver et de démontrer les ressemblances entre l'amour et la mer d'où l'importance d'une forme structurée. Il qualifie ces deux notions de la même façon même si elles sont néanmoins différentes car l'une est concrète (la mer) et l'autre qui est l'amour est un sentiment quipar voie de conséquence est une notion abstraite. Cependant elles sont toutes deux qualifiées d'amer (vers 1 et 2), se rapportant à l'amertume de la mer dont l'eau est salée et les désagréments de l'amour, d'inexistante sans orage (vers 4), sans  orage  pour la mer et sans dispute pour l'amour, l'orage étant ici la métaphore du côté destructeur de la passion. Enfin le troisième « risque »...
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