Commentaire "el desdichado"

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  • Publié le : 17 octobre 2010
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Gérard de Nerval, Les Chimères ( 1853 ). « El Desdichado ».

Les sonnets des Chimères, disait Nerval « perdraient de leur charme à être expliqués, si la chose était possible ». Ce fait est que par exemple, « El Desdichado « nous enchante par son mystère même, allié à une plastique très pure, lumineuse et puissamment évocatrice. Il appartient donc au lecteur de chercher, comme un fild’Ariane, une signification qui ne prétende pas tout réduire à un sens rationnel puis de s’abandonner aux sortilèges du sonnet nervalien, par delà la simple signification.

I La recherche d’un fil d’Ariane.

Comme fil d’Ariane, l’affirmation problématique d’une identité. C’est en effet par une ferme et solennelle affirmation d’identité que débute le poème, « Je suis … » ; mais, respectant en cela lastructure classique du sonnet, le début du premier tercet change le point de vue et ouvre sur une identité problématique « suis-je » V9. Cette réalité se prolonge dans les références auxquelles le poète fait appel pour préciser cette identité : Le v2 évoque un chevalier médiéval et la dialectique retardée et réduite dépossédé de son fief dans Ivanhoé de W. Scott : Le v9 renvoi aux divinitésantiques – Amour ou Phébus – puis a nouveau au monde médiéval – Lusignan ou Biron - ; d’autant que Phébus peut renvoyer aussi a Gaston Phébus, comte de Foix ; et le dernier tercet semble assimiler le poète au héros mythologique Orphée, descendu aux enfers pour ramener son Eurydice. Il y a donc une réelle difficulté à « décliner son identité » et en tout cas elle ne peut se faire que par des référencesa des êtres réels ou imaginaires du passé, puisés a des époques différentes et mêlées dans une absence totale de chronologie.
De manière plus nette cependant, tout au long du sonnet, une identité qui donne sa tonalité au sonnet : l’ambiguïté de l’adjectif « ténébreux » ( le beau ténébreux, ou les ténébreux de la nuit, de la mort ? ) s’estompe avec le prolongement de « veuf » ( mis envaleur par les deux tirets ) et d’inconsolé : avec la force de l’article défini, le poète se définit comme celui qui a perdu une femme et qui ne se remet pas de cette perte ; métaphorisée de manière un peu banale au premier hémistiche du v3 qui confirme le deuil, cette femme n’est pas autrement désigné ensuite que par les mot « reine » , « sainte » et « fée » qui, renvoyant a des mondes différents –aristocratie, mythologie, chrétienté et occultisme médiéval – lui donnent un statut ambiguë, double renvoyant sans doute a l’existence réel de Nerval ( dans Sylvie , il écrit : « c’était Adrienne ou Sylvie – Les deux moitié d’un seul amour » ) qui se prolonge dans le rôle double : funeste (Q1) et bénéfique (T1 et T2) et dans le dernier vers. En tout cas ce deuil donne sa tonalité désespérée aupoème : d’abord au premier quatrain (v3 et v4, le contre rejet exprimant un état indéfiniment long, l’oxymore et la force de la mélancolie suggérant l’intensité de la détresse ) dans la continuité même de la perte de l’être aimé ; puis au V5 et 12 qui font plutôt allusion aux deux crises de folie qui ont frappé Gérard en 1841 et 1851.

II Que faire quand tout est désespéré ?

Deux raisonsobjectives, la disparition de l’être aimé (Jenny Colon, actrice qui décède en 1842) et une santé mentale fragile sont à l’origine de ce profond désespoir. Que reste-t-il alors quand « tout est perdu » ? Nerval expérimente à son tour la force salvatrice de la création artistique.

Le miracle du sonnet nervalien.
D’emblée deux affirmations frappent dans le sonnet par la revendication sûre de lacapacité et de la puissance de la poésie : et mon luth constellé porte… et le dernier tercet où l’œuvre poétique (v13 et 14) est clairement donnée comme salvatrice : v12.
De fait, le sonnet nervalien dans le monde du poète où tout est fluide, où rien n’est sûr, fixe et certain, apparaît comme une pierre solide à laquelle le poète peut s’accrocher l’espace de sa création. Les majuscules, les mots...
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