Commentaire lancelot

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 11 (2515 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 22 novembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Lancelot, avec ses deux compagnons les fils du vavasseur, arrive au pont de l’épée, dernière épreuve décisive du royaume de Logres avant d’accéder au royaume de Gorre où est retenue Guenièvre. Tous trois parviennent devant le pont, qui effraie les compagnons. Ceux-ci tentent de retenir Lancelot, mais en vain. Le chevalier s’engage alors sur le pont et accomplit la traversée avec succès.
Latraversée du pont correspond à un moment charnière de l’œuvre et de la quête de Lancelot. Ainsi, dans quelle mesure peut-on dire que le récit du Pont de l’Epée repose sur une dialectique du passage ? Nous verrons en quoi il s’agit d’un passage spatial, temporel et symbolique, avant de voir en quoi c’est aussi un passage générique, pour enfin aborder notre extrait sous l’angle du passage métaphysique.Les coutumes apparaissent comme autant de survivances d’un univers ancien, en partie aboli, auquel le roi et ses chevaliers doivent encore se confronter. La coutume est donc profondément liée à l’« aventure » v.3088, la provoque, en proposant un défi au héros qui va et instaurer un temps nouveau. En effet, une fois la coutume levée, les gens de Logres peuvent circuler librement. Le caractèreimmuable de la coutume est rendu par la métaphore hyperbolique des v. 3050 à 3067 qui intègre la coutume du pont de l’épée au cours naturel de la vie, et la rapproche d’éléments non seulement essentiels, évidents mais fixes, éternels, intemporels: le vent : « les vanz »v. 3052, le chant des oiseaux « oisiax »v. 3054, la « mer », v.3059, la vie v.3056-3057. L’anaphore en « ne » : v.3051, 3052, 3053,3055, 3056, 3059, et l’anaphore en « Que » : v.3061, 3063 soulignent par leur aspect redondant, le caractère répétitif, intemporel de la coutume du pont. Dès lors le franchissement du pont revient à abolir le cours normal de la vie, le cours des choses, à défaire le temps cyclique imposé par la coutume, à faire entrer la linéarité. Deux temps s’opposent donc dans ce passage faisant dufranchissement du pont le passage d’un temps à un temps linéaire, chronologique marqué par l’enchaînement et non plus la répétition. La coutume du « pays dont nul ne revient » est le type même de « mauvaise coutume » qui vient abolir la marche du héros. Cet aspect de la coutume est rendu par la surenchère sur l’impossible et l’inquiétude des compagnons qui se lit à travers les enjambements des v.3063-3064-3065 traduisant la montée de l’angoisse. Le champ lexical de la peur, l’enjambement et le rejet v.3044-3045 traduisent l’anxiété qui tenaille les compagnons. Or Lancelot est le type même du héros qui vient interrompre l’ordre naturel des choses, rompant avec les valeurs anciennes, pour établir un nouveau cycle chevaleresque. Loin de le faire douter, les conseils et les injonctions de ses compagnonsne font que renforcer sa volonté. Lancelot rit, comme le montre le participe présent à la rime « en riant » et n’est en rien contaminé par l’angoisse palpable de ses compagnons. L’emploi du connecteur logique « Mes » v.3084 montre bien leur rupture mais également le rythme binaire avec le balancement à valeur hyperbolique de l’adjectif « tel » exprimant l’intensité et ayant pour valeur « si grand,si fort qui atteint un degré si élevé » qui met en valeur le caractère sans commune mesure de la volonté du héros, de sa détermination. Ainsi, l’abolition de la coutume établit une nouvelle temporalité et marque la scission entre Lancelot et ses compagnons. Mais dans quelle mesure les éléments du décor sont-ils eux-mêmes révélateurs de la dialectique du passage ?
L’eau omniprésente dans leroman. Elle est d’abord un obstacle, dans la réalité du moyen-âge. En effet, elle est qualifiée ici par l’adjectif épithète « felenesse » v. 3009, traîtresse, sournoise qui marque la méfiance des gens à son égard. En effet, à cette époque-là on ne savait pas nager et traverser un cours d’eau représentait un véritable défi. Les fleuves et rivières étaient des lieux stratégiques et frontières...
tracking img