Commentaire le chef d'oeuvre inconnu

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 19 (4601 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 20 avril 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
I. L'OSCILLATION DES POINTS DE VUE
A. Un récit multifocalisé

[phrase d'annonce : il s'agit ici d'annoncer brièvement les grandes lignes de sa première partie, c'est-à-dire ici les deux sous-parties A et B – utiliser l'alinéa pour mettre cette phrase en relief ]

La description proposée par Balzac oscille entre plusieurs points de vue, celui de l'auteur, du jeune peintre Nicolas Poussin,tout en associant le lecteur à la découverte de ce personnage.
Le narrateur, celui qui voit, qui décrit, qui parle est absent de l'histoire racontée (la diégèse) : ce n'est pas un personnage de l'action racontée, de l'intrigue. La narration est dite omnisciente, objective même si Balzac se permet ici des intrusions d'auteur (intrusions dans le récit remarquées grâce à l'impératif « Mettez cette têtesur un corps fluet et débile... »). Dans cette situation narrative, le narrateur en sait bien davantage que les personnages qu'il a créés : le récit est qualifié comme non-focalisé ou en focalisation zéro. Certes, d'entrée de jeu, l'auteur ne nous dit pas tout ce qu'il sait, pour mieux ménager le suspens dans son roman d'intrigue. L'intérêt littéraire naît précisément du fait de cette part demystère présente dans les premières lignes de ce récit (type d'introït énigmatique, avec une description qui suggère l'étrangeté grâce aux adjectifs qualificatifs « diabolique », « fantastique »). Le peintre est décrit comme un inconnu à l'identité problématique. Qui est-il ? Un mécène de Maître Porbus, un « protecteur » ou bien un « ami du peintre » ? Le lecteur ne le sait pas et le narrateur lelaisse volontairement dans cette ignorance. Mais ce parti pris de focalisation n'est pas constant. Balzac cède la place, en quelque sorte, à Nicolas Poussin pour décrire le vieillard : « il se recula sur le palier pour lui faire place, et l'examina curieusement... ». On remarque que la description itinérante (description en mouvement prise en charge par l'auteur-narrateur omniscient) cède la place àune description postée (le descripteur est immobile, sur le palier, nous proposant un gros-plan du visage de ce vieillard). Dans ce segment narratif, on peut parler de focalisation interne dans la mesure où c'est Nicolas Poussin (personnage présent comme personnage dans l'action, donc intra-diégétique) qui semble décrire le vieillard de son propre point de vue. Le champ perceptif est plusrestreint dans la mesure où la vision (du jeune peintre Nicolas Poussin) est immédiate. Ce qui l'oblige à deviner plutôt qu'à discerner explicitement (« le jeune homme devina dans ce personnage...»). La focalisation est donc variable dans ce court extrait, elle connaît des altérations (passage d'une absence de focalisation à la focalisation interne, caractérisée par un déficit d'informations sur laconscience, les pensées du personnage décrit). Nous ne disposons que d'un faible nombre d'indices, ce qui amène Balzac à conclure avec un air amusé que l' « image » construite [par le jeu des focalisations] dans la représentation du lecteur est nécessairement « imparfaite ». La psychologie du héros de ce drame (le peintre Frenhofer) nous échappe, elle reste hypothétique. D'autant plus que l'auteur arecours à une locution modalisante (procédé de la modalisation) pour laisser planer le doute : « il aperçut (...) je ne sais quoi qui affriande les artistes ». L'ambiguïté du personnage (et donc l'ignorance) est partagée par le personnage qui décrit (Nicolas Poussin) et le lecteur. Balzac sème les indices, c'est un jeu dont le lecteur n'est pas dupe puisqu'il sait très bien que le personnage décritest justiciable d'une explication rationnelle, d'une transparence, qui ne seront révélées qu'à la fin du roman.

L'inconnu rencontré sur un palier plongé dans la pénombre est déclaré bon, bienveillant, en fonction, non pas de ce qu'il donne à voir mais de ce que laisse présupposer son métier d'artiste peintre. En effet, le jeune Nicolas Poussin crédite les artistes peintres d'un cosmopolitisme...
tracking img