Commentaire le dormeur du val

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 5 (1211 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 2 janvier 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Le Dormeur du val
C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent; où le soleil de la montagne fière,
Luit; C'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pale dans son lit vert oùla lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme:
Nature, berce-le chaudement: il a froid.
Les parfums ne font plus frissonner sa narine;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au coté droit.
Arthur Rimbaud

"Le Dormeur du val"

Poésies ArthurRimbaud

Anticonformiste, marginal, Rimbaud étouffe à Charleville, et il lui arrive de fuguer... dans une région dévastée par la guerre de 1870. Il s'est révolté contre la guerre et ses barbaries dans certains de ses premiers poèmes : "Le Mal", "Les Corbeaux", "Le Dormeur du val".
Ce dernier poème, publié pour la première fois en 1888, est remarquable, car le jeune poète de seize ans, nerecourt pas au ton de l'indignation, il feint de découvrir avec le lecteur, le spectacle désolant de la mort comme un phénomène anodin. Le choc provoque ainsi la stupeur et accentue encore plus la dénonciation.
Une subtile opposition est donc entretenue entre l'évocation d'un spectacle charmant et la réalité cruelle du sommeil de la mort. Nous étudierons successivement cette évocation de la beautépittoresque de la nature puis la découverte d'une réalité tragique.

I Présentation des lieux et du "Dormeur"

1 Le sonnet de Rimbaud suit le mouvement d'un regard qui part du panorama d'"un petit val" (4), se rapproche du personnage "étendu dans l'herbe" (7) et détaille son sourire, sa "narine" (12), sa "main sur sa poitrine" (13). Il y a un resserrement progressif du champ visuel.2 Ce regard donne à découvrir une nature bucolique, tendre, accueillante. Cette nature est personnifiée : "la montagne " est "fière" (4), la "rivière" "chante" (1); la lumière qui frappe l'eau "accroch[e]" des "haillons" "aux herbes" (2). Les notations sont enfantines : c'est un "petit" val. C'est donc un regard naïf, enfantin, dépourvu de préjugés.
Cette nature est protectrice, maternelle.Ce microcosme heureux et protégé est un creux, "un petit val" (4), à l'abri d'une montagne, ensoleillé de "rayons" (4), "où la lumière pleut" (8). Cette lumière n'est pas crue ; elle arrose, elle pacifie.
3 Les plans créant la profondeur et les touches juxtaposées de formes et de couleurs organisent dans des tons de vert et de bleu l'équivalent d'un tableau impressionniste. La nature proposedes sensations agréables sur les plans visuel, olfactif, tactile et sonore.
4 Le "Dormeur" (présent dans le titre) n'est évoqué qu'au deuxième quatrain. La notion de sommeil revient à trois reprises : le soldat "dort" (7), "il dort" (9), "il fait un somme"(10). Il fait corps avec la nature considérée comme "son lit" (8). Le "bleu" (6) et le "vert" (8) sont les couleurs qui dominaient déjàdans le premier quatrain. Les adjectifs "frais" (6) et "pâle" (8) semblent n'apporter que des nuances à ces coloris alors qu'ils seront réévalués dans une seconde lecture (déterminée par la fraîcheur et l'insensibilité aux vers 11-12). Au premier quatrain évoquant la nature répond le second consacré au dormeur. Le troisième vers de chacun d'entre eux commence par des sonorités voisines [daR]/[dC R]et un rejet. Dans les deux cas, un verbe monosyllabique en fin de phrase et en début de vers : "luit" (4)/"Dort" (7). L'abandon confiant du soldat [sC l..], semble aussi naturel que la lumière du soleil [sC l..].

II La découverte d'une réalité tragique

1 Le naturel déconcertant de la simple constatation

Le monde décrit aurait pu être beau, radieux et heureux, mais il n'est...
tracking img