Commentaire le jeu de l'amour et du hasard acte iii scéne 8

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  • Publié le : 16 octobre 2011
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Extrait de l'acte III scène 8 :
« Dorante : Je ne partirai point.
Silvia : Laissez-moi, tenez, si vous m'aimez, ne m'interrogez point. Vous ne craignez que mon indifférence, et vous êtes trop heureux que je me taise. Que vous importent mes sentiments ?
Dorante : Ce qu'ils m'importent, Lisette ? Peux-tu douter encore que je ne t'adore ?
Silvia : Non et vous me le répétez si souvent que jevous crois ; mais pourquoi m'en persuadez-vous, que voulez-vous que je fasse de cette pensée-là, Monsieur ? Je vais vous parler à coeur ouvert. Vous m'aimez, mais votre amour n'est pas une chose bien sérieuse pour vous ; que de ressources n'avez-vous pas pour vous en défaire ! La distance qu'il y a de vous à moi, mille objets que vous allez trouver sur votre chemin, l'envie qu'on a aura de vousrendre sensible, les amusements d'un homme de votre condition, tout va vous ôter cet amour dont vous m'entretenez impitoyablement, vous en rirez peut-être au sortir d'ici, et vous aurez raison ; mais moi, Monsieur, si je m'en ressouviens, comme j'en ai peur, s'il m'a frappée, quel secours aurai-je contre l'impression qu'il m'aura faite ? Qui est-ce qui me dédommagera de votre perte ? Qui voulez-vousque mon coeur mette à votre place ? Savez-vous bien que si je vous aimais, tout ce qu'il y a de plus grand le monde ne me toucherait plus ? Jugez donc de l'état où je resterais, ayez la générosité de me cacher votre amour : moi qui vous parle, je me ferais un scrupule de vous dire que je vous aime, dans les dispositions où vous êtes, l'aveu de mes sentiments pourrait exposer votre raison, et vousvoyez bien aussi que je vous les cache.
Dorante : Ah, ma chère Lisette, que viens-je d'entendre ! Tes paroles ont un feu qui me pénètre, je t'adore, je te respecte, il n'est ni rang, ni naissance, ni fortune qui ne disparaisse devant une âme comme la tienne ; j'aurais honte que mon orgueil tînt encore contre toi, et mon coeur et ma main t'appartiennent.
Silvia : En vérité, ne mériteriez-vous pasque je les prisse, ne faut-il pas être bien généreuse pour vous dissimuler le plaisir qu'ils me font, et croyez-vous que cela puisse durer ?
Dorante : Vous m'aimez donc ?
Silvia : Non, non ; mais si vous me le demandez encore tant pis pour vous.
Dorante : Vos menaces ne me font point peur.
Silvia : Et Mario, vous n'y songez donc plus ?
Dorante : Non, Lisette ; Mario ne m'alarme plus, vous neL'aimez point, vous ne pouvez plus me tromper, vous avez le coeur vrai, vous êtes sensible à ma tendresse : je ne saurais en douter au transport qui m'a pris, j'en suis sûr, et vous ne sauriez plus m'ôter cette certitude-là.
Silvia : Oh je n'y tâcherai point, gardez-la, nous verrons ce que vous en ferez.
Dorante : Ne consentez-vous pas d'être à moi ?
Silvia : Quoi, vous m'épouserez malgré ceque vous êtes, malgré la colère d'un père, malgré votre fortune ?
Dorante : Mon père me pardonnera dès qu'il vous aura vue, ma fortune nous suffit à tous deux, et le mérite vaut bien la naissance : ne disputons point, car je ne changerai jamais.
Silvia : Il ne changera jamais ! Savez-vous bien que vous me charmez, Dorante ?
Dorante : Ne gênez donc plus votre tendresse, et laissez-la répondre...Silvia : Enfin j'en suis venue à bout ; vous, vous ne changerez jamais ?
Dorante : Non, ma chère Lisette.
Silvia : Que d'amour ! »

Intro:
C'est un extrait du Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux. Silvia a appris plus tôt que celui qu'elle prenait pour un valet est en réalité son prétendu. Elle a demandé à son père si elle pouvait rester déguisé pour avoir la preuve d'amour ultime sefaire épouser en tant que suivante. Dorante de son coté veut partir car Mario, le frère de Silvia, lui a fait croire qu'ils étaient amoureux de la même personne.
I Le jeu de Silvia

Silvia, grâce au système hypothétique, imagine une vie avec Dorante. Elle parle des autres femmes que Dorante pourraient préférer à elle une «simple suivante», comme le montre l'expression «milles objets».
En...
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