Commentaire "le pouvoir des fables" de la fontaine

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  • Publié le : 8 novembre 2010
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« Placere Docere ». Plaire et instruire, une expression qui pourrait bien définir la fable, du latin « fabula », ce court récit fictif et souvent versifié. Elle est composé de deux éléments : le récit proprement dit (le « corps »), sous lequel se cache une moralité de portée universelle (« l’âme »). Parmi les plus grands fabulistes, nous pouvons citer Jean de la Fontaine au XIIe siècle, qui mêledivertissement et enseignement en exploitant le genre. Ainsi, dans la seconde partie du « Pouvoir des fables », en intégrant la fable du personnage dans sa propre fable et en opposant deux stratégies argumentatives , il tente de faire mesurer l’étendu du pouvoir didactique des fables et de révéler leur duplicité. On pourra ainsi étudier, dans un premier temps, l’échec de la tentative violente del’orateur pour faire réagir l’auditoire, puis dans un deuxième temps, l’argumentation plaisante dont il se sert pour y parvenir.

Au début de la fable, la situation d’énonciation est tout de suite mise en place : les indications de lieu et de temps « Dans Athène autrefois » fixent le cadre spatio-temporel, et les acteurs sont un orateur et le peuple, en confrontation à un moment capital del’histoire d’Athènes, alors menacée par Philippe de Macédoine. Dans les vers un à quatorze, l’Orateur tente par les moyens les plus percutants de rassembler son peuple, de lui faire part de la gravité de la situation dans le but de pouvoir s’organiser ensemble et d‘y remédier.
D’entrée, l’Orateur cherche à convaincre son peuple en s’exprimant avec violence. La mise en scène présente des circonstancesdramatiques, comme on peut le comprendre au vers 2 (« voyant sa patrie en danger ») qui animent l’Orateur d’un sentiment de patriotisme exprimé à travers « voulant forcer les cœurs dans une république » au vers 4. Les nombreux verbes d’actions tels que « courut », « parla », « recourut » nous montre l’énergie qu’il met pour se faire entendre. L’emploi du champs lexical de la violence(« tyrannique », « forcer les cœurs », « violentes »…), est bien la preuve de l’extrême brusquerie avec laquelle l’Orateur défend son discours. L’antithèse des mots « tyrannique » et « république », tous deux placés à la rime aux vers 3 et 4, renforce encore cette impression de brutalité et de véhémence dans son discours. Mais au vers 6, « on ne l’écoutait pas », on comprend que ces efforts sont vains. De plus, parl’antithèse, le lecteur avisé s’aperçoit que le fabuliste a voulu faire remarquer qu’Athènes, étant une république et donc une démocratie, a pour valeurs la liberté et le consentement du peuple. C’est pourquoi l’orateur échoue : il brime ses auditeurs et ne sait pas les atteindre, malgré le fait qu’il ait raison. Cependant, il monte encore d’un cran en violence et en autoritarisme dans sondiscours, et cela en faisant appel aux procédés de rhétoriques de la Grèce antique comme on peut le voir dans les vers 6 à 11 (« À ces figures violentes », « Qui savent exciter les âmes les plus lentes »). Dans ces procédés, on reconnaît la prosopopée au vers 9 (« Il fit parler les morts »), cette expression est d’ailleurs une hyperbole: la force et la violence avec laquelle l’orateur défend sa thèsesont ici décrites avec exagération afin d’appuyer cette impression d’agression chez le lecteur.
En plus d‘être violent, le discours de l’orateur semble également très bruyant et fait naitre une impression de cacophonie. Au vers 5, l’emploi de l’expression « Il parla fortement » donne l’impression que l’orateur est autoritaire et qu’il gronde le peuple au lieu de s’en faire un allié. La rime en [ik]des vers 3 et 4 apparaît comme disharmonieuse, suraiguë, et semble contribuer au désintérêt de l’auditoire pour ce qui leur est dit. Ensuite, au vers 9, le recours à un rythme ternaire combiné à une gradation décroissante « Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu’il put » nous fait comprendre que plus il parle fort, plus il s’égosille, et plus il devient inaudible. Ses efforts ont...
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