Commentaire le savetier et le financier

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  • Publié le : 5 décembre 2009
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“Le savetier et le financier”
Commentaire
Après la peinture de la Cour, La Fontaine s’est livré à la peinture des mœurs de la ville. Il exploite ici le contraste entre deux conditions sociales opposées.
Il semble que, pour composer cette fable, il ait combiné deux sources :
Le latin Horace (“_Épitres_”, I, 7) conta l’histoire du riche avocat Philippe qui, pour tenter une expérience,s’amusa à offrir une propriété au crieur public Volteius Mena, pauvre mais satisfait de son sort. Mena devint âpre au gain, s’épuisa à cultiver la terre et, se trouvant malheureux, vint supplier Philippe de le rendre à sa première existence.
Au XVIe siècle, l’écrivain français Bonaventure des Périers conta l'histoire du savetier Blondeau qui «aimait le vin par sus tout» et chantait tout le long dujour jusqu'au moment où il découvrit un pot de fer contenant un trésor : «Lors il commença de devenir pensif : il ne chantait plus, il ne songeait qu’en ce pot de quincaille... “Si je le montre aux orfèvres, ils me décèleront (dénonceront) ou ils en voudront avoir leur part.... Tantôt il craignait de n’avoir pas bien caché ce pot ou qu’on le lui dérobât. À toutes heures, il partait de son échoppepour l’aller remuer. Il était en la plus grande peine du monde ; mais, à la fin, il se vint à reconnaître, disant en soi-même : “Comment ! je ne fais que penser en mon pot ! Bah ! Le diable y ait part au pot ! il me porte malheur”. En effet, il va le prendre gentiment et le jette en la rivière et noya toute sa mélancolie avec ce pot.»
La Fontaine a su fondre ces données et les enrichir pourmieux dégager la morale et réaliser un chef-d’œuvre. Il a créé une petite comédie où il présente la vie et le caractère d’un de ces financiers du XVIIe siècle en contraste avec un «_gaillard savetier_», pour exprimer une des idées maîtresses de sa sagesse, une vérité éternelle : l'argent ne fait pas le bonheur.
La fable présente une petite comédie dont l’exposition est assez longue parce qu’ilfaut bien établir les circonstances, bien définir les situations contrastées du savetier et du financier, afin qu’ensuite le retournement soit plus significatif, plus dramatique. Mais, ensuite, La Fontaine prouve qu’il possède l’art de faire parler chaque personnage selon son caractère et sa condition.
Le financier, l’«_homme de finance_», est peut-être l’un de ces «fermiers généraux» enrichissous le règne de Louis XIV, parce qu’ils prenaient les impôts «à ferme», c’est-à-dire versaient immédiatement à l’État la somme qu’il s’attendait à percevoir dans telle région, puis pouvaient se permettre d’en extraire bien plus. Ils ont été impitoyablement dépeints par La Bruyère dans le chapitre VI, ‘_’Des biens de fortune’’_, où il dénonça le scandaleux pouvoir de l’argent qui leur permettaitd’édifier en peu de temps des fortunes colossales, de se loger en des hôtels fastueux («_hôtel_» signifiant «riche demeure»), d’étaler leur orgueil de parvenus, d’acquérir considération, égards, noblesse, en y mettant le prix. Mais ils menaient une existence fiévreuse, et le participe «_étant_», qui a une valeur causale, implique que le fait d’être «tout cousu d’or» (les habits chamarrés d'or étaient lafaçon d’étaler sa richesse) est la cause du manque de joie et de sommeil. La rareté et la difficulté de son sommeil sont suggérées par le mot «_Si_» (la condition n’est pas toujours remplie) renforcé par le mot «_parfois_» (rareté du fait), par l’indication du «_point du jour_» (après les efforts d’une nuit d’insomnie), à quoi s’ajoute, par «_il sommeillait_», le fait qu’il ne s’agit encore qued’un sommeil très léger.
Ce riche parvenu se révèle d’abord par son ingratitude : il oublie par quel chemin il est passé quand il se plaint de l’insuffisance des «_soins de _la Providence» alors qu’il en a profité largement en acquérant sa situation. Le rythme des vers 10-13 rend son ton excédé, les vers courts (10, 11 et 13) et le découpage du vers 12 en une série de mots d’une ou deux...
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