Commentaire "si tu t'imagines" r. queneau

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  • Publié le: 4 mai 2010
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Commentaire "Si tu t'imagines..." Queneau.

Genre littéraire très ancien, la poésie est une forme d'écriture codifiée. Traditionnellement en vers, elle peut être lyrique, officielle, engagée, mais a connu un véritable renouveau à partir du XIXe siècle, porté par des auteurs tels que Baudelaire, Apollinaire, et Perec ou Queneau au XXe .
Ce dernier, co-fondateur de l'Oulipo, est l'auteur derecueils de poèmes : Cent mille milliard de poèmes (1961), des Exercices de style (1947), de romans : Zazie dans le métro (1959), mais aussi d'essais, d'articles, de traductions.
"Si tu t'imagines..." est une réécriture des poèmes de l'ancien membre de la Pléiade Pierre de Ronsard, "Ode à Cassandre" et "Quand vous serez bien vieille...", traitant tous deux du thème du carpe diem, s'adressant àde jeunes femmes. Nous nous demanderons si cette reprise du thème ronsardien est ici uniquement parodique, en étudiant la transposition burlesque, dissimulant une stratégie argumentative efficace et les éléments d'une réécriture fidèle.

En premier lieu, Raymond Queneau attribue un coté burlesque à la réécriture qu'il présente dans ce poème.
Tout d'abord, par un jeu avec les codespoétiques.
C'est d'une part par le registre comique que se manifeste la volonté de parodier les deux poèmes de Ronsard. Il apparaît nettement dès la première lecture avec l'emploi d'expressions phonétiques telles que "xa va" (v.5) et "sque tu vois pas"(v.33), la familiarité de l'expression "ce que tu te goures"(v.10) et l'oralité des expressions "ahah"(v.14), "si tu le fais pas"(v.46), contrastant avecle vocabulaire plus soutenu rencontré avec les expressions "émail"(v.18), "nymphe"(v.19), "véloce"(v.35). Cela crée un effet de dissonance avec l'attente du lecteur forgée par la forme du texte, dont l'apparence est celle d'un poème. En effet, la poésie est habituellement un genre qui suppose un vocabulaire assez recherché, soutenu la plupart du temps, au ton relativement sérieux, comme on peut levoir par exemple dans le poème de Ronsard, l' "Ode à Cassandre".
D'autre part, par le traitement même de la forme de son poème, Queneau réalise une transposition amusante. L'absence totale de ponctuation est la preuve d'un choix de se détourner des conventions. L'emploi d'un vers impair, le quintil, rompt avec les conventions poétiques qui privilégient octosyllabes ou alexandrins. Ledécoupage des strophes est également particulier, on en distingue trois, de 12, 14 et 52 vers. Au niveau des rimes, elles n'obéissent pas régulièrement aux systèmes habituels, mais par touches apparaissent des motifs de rimes embrassées (v.27 à 30) ou plates, par deux (v.32-33) et (v.42-43). Queneau, poète moderne, se joue des "codes" admis en poésie, et exploite dans ce texte les vers libres, établissantun net contraste avec les deux formes fixes traitées par Ronsard.
Ensuite, l'auteur s'adonne à un jeu lexical et thématique.
D'une part, Raymond Queneau joue d'un effet d'écho créé par la reprise d'expressions de des deux poèmes de Ronsard dans un language familier : "si m'en croyez"(v.13 A) deviens "Si tu t'imagines"(v.1 C); "Mignone"(v.1 A) devient "fillette"(v.2 C) et plus loin, "mapetite"(v.31 C); "sa plus verte nouveauté"(v.15 A) devient "la [...] saison des amours"(v.9 C); et "une vieille accroupie"(v.11) devient "le muscle avachi" (v.38). Queneau sait jouer des mots et faire de sa réécriture une parodie, en exagérant le coté déjà légèrement comique de "Quand vous serez bien vieille..."
D'autre part, l'auteur désacralise la vision de la femme et de l'amour que présentaitRonsard. Tutoyée, désignée dans son poème par le mot "fillette", et par le caractérisant "petite", cette première paraît innocente mais surtout naïve, car le poète s'adresse à elle de manière quelque peu railleuse lorsqu'il emploie les expressions "Si tu t'imagines"(v.1), "ce que tu te goures". Elle est éphémère, vulnérable vis à vis du temps : "les beaux jours s'en vont"(v.27) "très sournois...
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