Commentaire sur antigone de brecht

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  • Publié le : 15 avril 2010
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 Jean-Michel PALMIER ; critique de théâtre : Antigone de Brecht, à l’Odéon

Pour adapter la pièce de Sophocle, Brecht a utilisé la traduction de Hölderlin. Représentée pour la première fois en février 1948 à Coire, alors que Brecht se trouvait en Suisse, publiée - en 1949 -  dans le célèbre Antigonemodell, cette oeuvre nous permet de préciser le rapport de Brecht au classicisme et à latradition. Même si l'on admire toujours le choeur d'Antigone comme l'un des plus grands poèmes jamais écrits, que signifie pour nous, aujourd'hui, politiquement le drame de Sophocle ? Lorsqu'elle fut jouée dans l'adaptation de Brecht, pour la première fois, c'était dans l'effondrement matériel et spirituel de l'Allemagne de 1945. De toutes parts s'affirmait le besoin de recherches artistiques nouvelles,fût-ce dans des théâtres en ruines. En fait d'art nouveau, Brecht monta Antigone, affirmant que la pièce était très actuelle : elle montre ” la signification du recours à la force quand l'Etat tombe en décadence”. Antigone, c'est l'histoire, mais non celle des pauvres. Ceux-là n'apparaissent pas dans la pièce. Ils ne comprennent pas l' histoire. On parle et on agit pour eux; Ils sont tout justebons à mourir en serant Créon qui lui même ne fait que brandir le glaive que les marchands et les bourgeois lui ont donné pour défendre leurs intérêts. Assurément, comme l'affirme Brecht dans la préface écrite en 1948, ” même si on se sentait obligé de faire quelque chose pour une oeuvre comme Antigone, le seul moyen d'y parvenir serait encore de lui faire faire quelque chose pour nous “.
Il nes'agissait pas de retraduire Sophocle, mais de l'actualiser au niveau de la mise en scène. C'est pourquoi Brecht publie le pièce accompagnée de nombreuses photos de mise en scène. Le “modèle” qui est toujours ” un mélange d'éléments exemplaires et d'éléments sans exemple”, n'est pas une contrainte: c'est un certain aboutissement du travail collectif que chacun peut améliorer ou aménager. Cette miseen scène voulue par Brecht, a d'ailleurs été scrupuleusement respectée par J-P Miquel : une scène avec un plateau circulaire, en plan légèrement incliné, de longs bancs où les comédiens peuvent s'asseoir, des paravents qui évoquent leurs impressions - ” roseaux teintés de rouge” dit Brecht, soie peinte à l'Odéon - des colonnades antiques ou un soldat blessé qui peut aussi bien être un soldat deCréon que l'agrandissement d'une photo de la guerre du Vietnam, l'amphore à vin d'Antigone, les masques bacchiques, des tabourets.

Avec cette adaptation, Brecht se demandait si l'une des plus grandes oeuvres poétiques occidentales pouvait encore être comprise par un public moderne. Dans la tragédie antique, l'homme est toujours la proie du destin, des forces obscures qui le brisent et le tuent.Pour Brecht, le renversement copernicien, qui s'amorce déjà avec Sophocle, consiste à affirmer que le destin de l'homme, c'est l'homme lui-même. Le texte de Sophocle est d'un tel réalisme politique qu'il est presque immédiatement perceptible aux spectateurs modernes : la chute de la famille royale s'accomplit à travers une guerre de rapines qui va amener, au terme d'une chute cruelle et inutile,certains membres de cette élite à prendre le parti du peuple.

   Pour en finir avec l'opposition qu'il rencontre dans sa cité le tyran a besoin d'une victoire rapide qui contente les marchands par les nouveaux débouchés que leur ouvre la prise d'Argos. Mais cette bataille prématurée avec une armée désorganisée se heurte à la révolte de tout un peuple qui lutte désormais pour son droit à la vie: lesarmées de Créon font l'expérience du caractère invincible de la guerre populaire. Dans la cité, Antigone s'est insurgée. Elle préfère voir son peuple vaincu dans cette guerre de rapines que victorieux. En obéissant aux décrets immuables et non écrits des dieux et en désobéissant aux lois de la cité, les lois iniques de Créon, en  ensevelissant son frère qui a refusé de porter les armes contre...
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