Commentaire sur jean giraudoux, electre, acte ii, scène 9

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  • Publié le : 10 mai 2011
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Introduction
Une des caractéristiques du théâtre, dans la première moitié du XXe siècle, est la résurgence d’une antiquité gréco-latine influente, donnant lieu à de nombreuses réécritures des mythes. Ainsi, les mythes d’Œdipe, d’Electre et d’Orphée ont-ils inspiré Cocteau, Sartre ou Giraudoux. La mort du héros tragique ou des personnages importants, si elle ne constitue pas un élémentobligatoire dans le dénouement d’une tragédie ou d’une pièce recourant au registre tragique apparaît néanmoins comme récurrente. Dans cet extrait d’Electre (1937) de Giraudoux, Oreste, pour venger la mort de son père, tue le couple Clytemnestre-Egisthe. Le récit de cette double mort, assumé par le personnage du Mendiant, est destiné aux autres personnages sur scène, mais aussi au spectateur, selon leprincipe de la double énonciation.
La tirade du Mendiant, qui présente donc les caractéristiques du récit et du dénouement, a pour but de décrire l’action se déroulant hors-scène, afin de rendre visible aux spectateurs ce qui ne l’est pas. Mais cette narration se révèle en réalité plus complexe et amplifie paradoxalement la violence des meurtres. Enfin, l’ambiguïté de la tirade, à la fois récit etcommentaire, est accentuée par différents registres qui mettent en évidence les différentes « représentations » de la mort inscrite dans le mythe.

Le récit du double meurtre, qui constitue la résolution de l’action dans Electre, semble présenter les caractéristiques du dénouement classique et remplit ainsi différents fonctions.
En effet le théâtre classique du XVIIe, s’inspirant du théâtre grecet des principes énoncées par Aristote, pose la règle de bienséance qui interdit la représentation de la mort sur scène. De même, dans cette pièce moderne, le double crime d’Oreste se déroule hors-scène et son récit est assumé par le personnage du Mendiant, dans une longue tirade. Celle-ci présente les caractéristiques de la narration : les temps dominants sont le passé simple : « délièrent », «précipita », l’imparfait : « découpait », « secouait », et le plus-que-parfait : « avait frappé » ; le narrateur s’efface presque complètement, le « je » apparaissant seulement dans la première réplique.
D’autre part, la fonction du récit est de rendre apparent ce qui est caché au spectateur, donc de permettre à ce dernier de localiser et de percevoir, à travers différents sens, la scène desmeurtres, de la « vivre ». Le mendiant guide ainsi le spectateur dans la course d’Oreste, en localisant les différentes actions : « à travers la cour », « de la niche en marbre », « dans son dos ». L’enchaînement rapide des actions est mis en évidence par l’accumulation des verbes d’action : « se précipita », « atteignit », et la répétition de la conjonction « et » (l. 5, 7, 10, 13, 16, 17, 28). Cerythme rapide est soutenu par des propositions souvent brèves.
En outre, le récit du Mendiant inscrit des détails qui doivent permettre au spectateur de visualiser ce qui est invisible : « elle se cramponnait au bras droit d’Egisthe », « le lacet de sa cuirasse se prit dans une agrafe de Clytemnestre » ; il supplée aussi l’absence d’audition : « il entendit crier dans son dos une bête ».
Enfin, cerécit inscrit la résolution de l’action : le Mendiant annonce « voici la fin », la mort d’Egisthe et de Clytemnestre étant l’aboutissement du désir de vengeance d’Electre, une forme de punition pour l’assassinat d’Agamemnon.
Ainsi, le récit de ces deux morts ôte au spectateur la vision d’une double mort tout en lui permettant de connaître les événements qui se déroulent hors-scène, respectantapparemment ainsi la règle de bienséance.

Mais Giraudoux, dans la réécriture du mythe, pervertit ce récit d’apparence classique : le personnage du Mendiant n’est pas le simple narrateur d’un événement passé, et la violence de la scène, même si celle-ci se déroule en coulisses, est paradoxalement amplifiée par le récit.
Si l’utilisation dominante des temps semble présenter l’événement raconté...
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