Commentaire sur oeidipe roi

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  • Publié le : 30 avril 2011
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I)  Œdipe et la démesure
La tragédie naît dans l’histoire de la Grèce antique en même temps que la démocratie, à un moment où le héros du mythe ou de l’épopée devient incompréhensible et incommensurable à l’habitant de la polis : le héros est désormais un problème, parce qu’il est un être excessif, il est celui qui excède sa part (moira) et qui met en danger la cité par sa démesure.1)     Ubris
La démesure d’Œdipe, l’ubris qui en fait un personnage tragique, est mise en valeur dès les premiers mots de la tirade qui ouvre cet extrait : il est celui qui excelle en tout, qui peut revendiquer la maîtrise dans le triple domaine de la richesse, du pouvoir et dusavoir (380). Le problème de la démesure ne réside pas, de façon immédiate, dans la condition supérieure d’Œdipe prise en elle même : lespectateur la connaît, aussi bien que Tirésias présent sur scène, ou que le Chœur et le Coryphée. La démesure réside dans l’affirmation et la revendication de cette excellence (encore une fois, connue de tous), et dont Œdipe souhaiterait qu’elle soit à l’abri des discussions, en position absolue : il n’a pas sollicité le pouvoir (384), mais il est seulement tyrannosdélégué, etnon basileus légitime.
Il présente son savoir (la ruse qui lui a permis de triompher de la sphynge) comme supérieur à la science "officielle" – la technique divinatoire de Tirésias – (380). Et cette revendication le conduit à deux excès : la condamnation de l’ami fidèle, Créon (384), qu’il soupçonne maintenant  de comploter contre lui, et la récusation du sage Tirésias qu’il a lui-même convoqué pour faire la lumière etdans lequel il ne veut plus voir qu’un aveugle (389).
2)     pharmakos
Cette démesure que l’on pourrait dire du premier degré, est cependant sans rapport avec l’ubris qui est au fondement même du personnage que Tirésias révèle dans cet épisode, et qui fait de lui un pharmakos. J.- P. Vernant a montré que l’histoire d’Œdipe se constituait en destin en fonction de deux déterminationsinstitutionnelles propres à la polis athénienne :l’ostracisme et la fête des Thargélies. L’ostracisme consiste dans l’exclusion d’un citoyen : par vote, par l’accord tacite des citoyens sur le fait que l’un d’entre eux est trop grand pour la cité, et donc dangereux. Quant à la fête des Thargélies, elle comporte aussi une exclusion, rituelle, d’un bouc émissaire, lefarmakov, chargé de toute la bestialité del’ensemble des hommes de la cité. Or, Œdipe est à la fois celui qui est trop grand– trop puissant, trop comblé, comme nous l’avons vu –, et celui qui est trop vil : égal aux dieux au début de la tragédie (il est le recours naturel, il détermine la marche à suivre pour faire la lumière et sauver la cité de la peste), il devient égal aux bêtes à la fin. Son destin est d’être hors mesure, en proie à ladémesure (ubris) :
–        Il est celui qui brouille les règles de parenté, dans le trop positif (en couchant avec sa mère 422, 457) comme dans le trop négatif (en tuant son père ; c’est le fond de l’échange entre Œdipe et Tirésias : 353 Le sacrilège vivant qui souille cette terre, c’est toi.).
–        Il est celui qui est à la fois père et frère de ses enfants (457), époux et fils de sa femme.–        Il est à la fois dieu (dans l’extrême lucidité, et dans le désir de vérité) et bête (qui cède à ses instincts les plus profonds, dans le meurtre et le désir, qui est aveugle sur lui-même, et qui s’aveugle sur lui-même).
Il conjoint en lui les deux extrêmes entre lesquels se constitue la cité des hommes : comme un pion isolé sur un jeu de dames, dit Aristote, à l’inverse même de laprudence qui constitue l’essence de l’homme comme animal raisonnable.
3)     Agôn (échange violent où deux personnages défendent leur thèse. Ici, déplacement du terme, car habituellement utilisé à propos des comédies)
D’un point de vue dramatique et scénique, l’ubris se manifeste dans la violence et dans un échange particulièrement violent avec le vieillard Tirésias, explicitement...
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