Commentaire verlaine "le piano que baise une main frêle"

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  • Publié le : 12 décembre 2010
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Introduction

« Le piano que baise une main frêle » est un poème qu’il faut rattacher au recueil « Romances sans paroles » (1874) et de la partie Ariettes oubliées (l’ariette V). Dans ce poème lyrique de Verlaine le terme " romances " évoque une chanson sur un thème sentimental, l'expression " sans paroles " désigne sans doute le refus du discours, la recherche d'une poésie presque " au-delàdes mots " qui soit seulement chant de l'âme, respiration, murmure. L'acte de naissance du lyrisme romantique est en général daté de 1820, lorsque paraissent les « Méditations poétiques » de Lamartine. Le lyrisme évoque une manière bien particulière de s'exprimer, une manière passionnée et poétique, de vivre. Le poète adopte le ton élégiaque et trouve dans la nature le rêve et des moyens des'évader que la société ne lui permet pas. Ce poème est-il caractéristique de l'art de Verlaine ? illustre -t-il le premier vers de L'art poétique : « De la musique avant toute chose» ? Nous étudierons d’abord les procédés qui créent cette atmosphère musicale puis, la présence du poète enfin les effets qu'une telle atmosphère produit.

les procédés qui créent cette atmosphère musicale
Premierélément surprenant pour le lecteur qui découvre ce texte est sa composition en deux sizains symétriques de décasyllabes qui s’avèrent au plan syntaxique et au plan rythmique totalement divergents. Chacun des deux sizains décrit un itinéraire : le premier conduit de la « main frêle » jusqu’à « Elle » (d’une désignation métonymique de la femme à une désignation sublimée par la Majuscule) en traversant auvol un boudoir parfumé, tandis que le second mène du berceau au petit jardin : d’un enfermement passé à une évasion prochaine. Chacun des deux sizains reprend donc à sa façon le motif du vol : une musique-oiseau rôde à travers la pièce dans la première strophe avant de s’en échapper dans la deuxième. En son ensemble, la trajectoire dessinée par les deux strophes mène du piano à la fenêtre. Noussommes ici en présence de ce que le poète lui-même désigne comme « une espèce d’œil double / Où tremblote à travers un jour trouble, / L’ariette, hélas ! de toutes lyres ! ». Le sujet lyrique voit double, curieusement grisé de musique et de tristesse. La légèreté et la délicatesse apparaissent dès le premier vers les touches du piano semblent caressées par une main fragile, délicate et de peu de poidsainsi que l'in¬dique la formule : « que baise une main frêle ». Il faut observer que lors du passage de la première à la deuxième strophe c’est le sujet, tout autrement agité, qui succède au temps suspendu de la musique. Comme à la modulation lente (allongement de la diérèse – le pi.a.no – , à la métathèse – rose et gris– , aux adverbes lourds posés à la rime ou répétés sur un rythme ternaire(bien), succède un staccato momentanément agressif puis résorbé à son tour dans l’enjambement des deux derniers vers. On note ici le caractère presque immatériel, évanescent, du morceau de musique qui traverse le boudoir donne lieu à une écriture poétique de la légèreté. Dans la for¬mule : « un très léger bruit d'aile », le mot « léger » est renforcé par l'adverbe « très » et l'association à un «bruit d'aile » lui confère une dimension aérienne de l’oiseau au dessus des hommes. L'air est qualifié de « bien faible », et l’expression « un fin refrain incer¬tain » donne l’impression qu’il va bientôt mourir : « Qui va tantôt mourir » sa présence est douce puisqu'il « Rôde discret, épeuré quasiment ». Ce refrain est qualifié de « doux Chant badin», il paraît donc enjoué et ne concerne pas desujets graves. Délicatesse et douceur sont exprimées par les adjectifs comme « fin », « doux», « charmant », mais aussi par le décor qui présente un raffinement «Le piano [...] luit dans le soir », « un air bien vieux», « le boudoir [...] parfumé ».La présence de nombreuses sonorités claires - « i » et « è » La légèreté est apportée par le mot « Elle »la discrète confusion sémantique due à...
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