Commentaire "voyage au bout de la nuit" céline

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  • Publié le : 16 juin 2011
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Commentaire de français :
extrait de « Voyage au bout de la nuit » de Céline

Voyage au bout de la nuit est le premier roman de Céline, publié en 1932. Ce livre manque de très peu le prix Goncourt mais obtient tout de même le prix Renaudot. Il s’inspire principalement de l’expérience personnelle de Céline au travers de son personnage principal Ferdinand Bardamu, soldat pendant la PremièreGuerre mondiale. Celle-ci lui a révélé l'absurdité du monde et sa folie, et l'auteur va même jusqu’à la qualifier « d’abattoir international en folie ». Il expose ainsi ce qui est pour lui la seule façon raisonnable de résister à une telle folie : la lâcheté. Il est hostile à toute forme d’héroïsme, celui-ci même qui va de pair avec la guerre. Ce qui amène à la trame fondamentale du livre : lapourriture humaine et sa mise en évidence. Le texte que nous allons étudier est extrait du chapitre 2 du Voyage au bout de la nuit, dans lequel Céline narre les péripéties du soldat Bardamu lorsqu'il entre en contact avec le colonel de sa division, et que celui-ci est malencontreusement tué par un obus qui laisse la vie sauve à Ferdinand, qui décide ensuite de rejoindre un avant-poste tant la guerrelui fait peur. Il est intéressant de démontrer comment l'auteur a voulu dénoncer la guerre et transmettre son point de vue à travers un anti-héros qui participe à cette boucherie héroïque que sont les combats. La dénonciation de la guerre, qui est d'abord décrite comme une supercherie, s'appuie sur le passage "avec le colonel au milieu de la route". Ensuite, éclate aux yeux du narrateur la réalitémeurtrière de la guerre et les sentiments qu'elle inspire aux soldats, en la personne du narrateur construit autour de caractéristiques péjoratives. Et enfin, la guerre qui n'exclut pas la contingence alimentaire représente la "distribution de la viande", comme une métaphore triviale.

C'est d'abord la dénonciation, d'épisode en épisode, qui semble mener le récit, et ce par trois moyens :l'incompréhension, la dérision et le dénigrement.
Cette incompréhension est réévaluée sans cesse par la mise en avant de l'absurdité des choses, des comportements et des évènements, ainsi que de la bêtise humaine ; le dialogue absurde qui commence à la ligne 3 entre colonel et le messager montre l'incompréhension mutuelle : la présence d'une ponctuation exclamative et interrogative témoigne de ladominance des émotions, à la fois de l'horreur relative à l'annonce de la mort du maréchal et du désintérêt pour cette "chair à canons" que sont devenus les hommes. C'est aussi l'effet que produit la répétition de l'expression «et alors» par le colonel, qui ne semble pas saisir l'importance de la missive tout comme les soldats ne saisissent pas l'intérêt de ces combats.
Cette dénonciation se faitpar le biais de ces deux outils que sont la dérision et le cynisme : cela reste le moyen le plus sain pour ces soldats de ne pas sombrer dans la folie ; les comparaisons fusent et les traits d'humour sont nombreux : «qui mijotait en glouglous comme de la confiture dans la marmite», «elle avait l'air de servir à quelque chose la guerre !», … mais dans tout cela perce une pointe d'ironie, un cynismecruel face à la mort de Barousse ; «C'était une bonne nouvelle. Tant mieux, c'est une bien grande charogne en moins dans le régiment». Ici, l'auteur explicite l'horreur de la guerre dans la destruction des corps mais jamais les conséquences psychologiques, s'en tenant à l'aspect purement physique : le champ lexical anatomique est omniprésent «les yeux, les oreilles, le nez, la bouche», «ma tête,et puis les bras et les jambes», «au-dessus du cou», … : il insiste sur le mépris à l'égard de l'âme, dénonçant le fait que les soldats soient réduits à de simples enveloppes charnelles porteuses de baïonnettes, en ne faisant référence qu'une seule fois à un aspect autre que physique, et ce lors du dialogue, lui même acerbe et qui refuse tout pathétique ; c'est l'effet que produisent les...
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