Commentaire l'ecole des femmes de moliere

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  • Publié le : 16 novembre 2011
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Le 26 décembre 1662 avait lieu à Paris la première représentation de L’Ecole des femmes, ordonnance classique parfaite mais thème assez surprenant pour l’époque du cocuage. Molière y fixe les mécanismes de la comédie morale déjà élaborés avec L’Ecole des maris, élaborant la satire du ridicule causé par les délires de l’imagination. Arnolphe, vieux garçon autoritaire et confortablement installédans sa vie précautionneuse a arrêté quatorze ans auparavant sa décision d’épouser Agnès qu’il a modelée à ses souhaits, comme Pygmalion l’avait fait avant lui. Assez vite il se présente comme le « cocu présomptif » de la classification de Charles Fourier, à savoir « celui qui, longtemps avant le mariage, redoute le sort commun, se met l'esprit à la torture pour y échapper, et souffre le mal avantde l'éprouver réellement ». Comment Molière parvient-il à unir le comique au cocuage ? Dans son livre Molière ou l’invention comique (1966), Marcel Gutwirth souligne que « Molière a fort bien compris, toute question de bienséances mise à part, que le comique du cocu vient moins de l’inconduite de sa femme que de l’impuissance du mari », nous verrons comment ce jugement paraît pouvoirs’appliquer à L’Ecole des femmes en insistant sur le comique d’un mari dépassé. Nous tempèrerons cette pensée par l’importance de la présence de la femme et du tiers dans la comédie et enfin nous nous demanderons si l’appellation même de « comique de cocu » ne porte pas sa fin en soi.

*** Le cocuage chez Molière est un comique farcesque qui réside principalement dans le choix despersonnages masculins. L’histoire du mari cocu ou se croyant cocu, qui tend un piège à sa femme pour la surprendre en flagrant délit et qui voit ce piège se retourner contre lui n’est pas nouvelle et l’on fait remonter cette tradition au Moyen Age, de même pour le principe de la précaution inutile repris à Scarron. Les thèmes du cocuage et de la jalousie étaient très fréquents dans les fabliaux, lesfarces et les contes comiques et on les retrouve particulièrement dans quatre pièces chez Molière : Sganarelle ou Le Cocu imaginaire (1660), L’Ecole des maris (1661), L’Ecole des femmes (1662) et George Dandin (1668). Sganarelle de L’Ecole des maris est une ébauche d’Arnolphe, sa phobie d’être trompé et son principe de précaution envers Isabelle portent en eux-mêmes l’issue du mariage à venir.Dans L’Ecole des femmes, Agnès n’a ni la sœur, ni la servante, ni l’éducation d’Isabelle et Arnolphe n’est plus le benêt Sganarelle mais le personnage masculin est toujours celui qui porte en lui le ridicule par l’obsession que lui cause son imagination. Un « Et celle que j’épouse a toute l’innocence / Qui peut sauver mon front de maligne influence » caractérisent parfaitement ce comique farcesqueet le spectateur devant cette phobie des cornes ne peut que rire. Chez George Dandin le comique touche aussi le personnage masculin éponyme qui goûte au « qui est pris qui croyait prendre » à trois reprises. Ainsi Molière rompt avec ces prédécesseurs classiques, en effet ses personnages n’évoluent plus dans une intrigue se développant au hasard d’incidents indépendants d’eux, mais c’est bien lemari, qui en raison de son « travers » détermine le déroulement de la pièce. Marcel Gutwirth semble donc être à approuver, le comique du cocu est en effet fortement illustré par la présence du mari, trompé et cherchant des preuves ou bien aveuglé par sa crainte pathologique de l’être.

Mais Gutwirth n’écrit pas seulement « le mari » il parle de « l’impuissance du mari ». Quelle est-elle? En quoi est-elle comique ? « Le monde du jaloux a la coloration paranoïaque du gardien du trésor : les autres sont tous des voleurs en puissance. » a écrit Max Vernet dans Molière, Côté jardin, côté cour. Arnolphe porte en son nom sa pire crainte, peut-être premier signe de son impuissance, en effet la coutume répète bien souvent que l’on ne choisit pas son nom : Saint Arnolphe, patron des...
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