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  • Publié le : 2 février 2010
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Publié en 1668, le Livre VI des Fables de La Fontaine reprend plusieurs sujets du poète grec Esope, et notamment celui du Lion malade et du Renard. Ce sont là des personnages familiers du monde des apologues, chaque fois qu’il s’agit de représenter plus ou moins le souverain et ses courtisans. Le lecteur les retrouve par exemple au Livre VII dans Les Animaux malades de la peste. Quelle est «l’âme » de cet apologue, évoqué un siècle plus tôt par Etienne de La Boétie dans le Discours de la servitude volontaire ? C’est ce que nous nous demanderons après avoir analysé l’art du récit dont La Fontaine fait preuve dans ce sujet imité des Anciens.
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La fable est nettement divisée en deux parties : la première est consacrée à l’édit royal, mis en valeur dès le premier vers par les mots convenus« De par le roi », quatre monosyllabes éclatants. On croit entendre le roulement de tambour du messager qui proclame la volonté royale dans les rues et sur les places publiques. La majesté du Lion est affirmée d’emblée, dès le premier vers, ainsi que sa primauté sur les autres animaux : « De par le Roi des animaux ». Le deuxième vers, lui, introduit immédiatement deux mots inquiétants : d’unepart le mot « antre », qui désigne un lieu profond, caverneux, mystérieux, associé à des fauves ou à des serpents, n’a rien de très rassurant ; d’autre part l’adjectif « malade » place la royauté sous le signe d’un dérèglement, d’un trouble, d’un déséquilibre. C’est donc pour rassurer ses « vassaux », mot dont l’emploi réaffirme les relations de domination-obéissance, que le « passe-port » royalpromet une protection contre « la dent » et « la griffe ». Force est de constater justement que ce sont ces attributs pointus, dangereux, violents, menaçants, que l’édit met en lumière ; et l’on remarque enfin que la promesse affichée de bien traiter les Députés est publiée de manière impersonnelle (« fut fait savoir ») tandis que la « parole » donnée, « Foi de Lion », n’est précisément pas donnéespontanément, directement, mais seulement « très bien écrite », ce qui laisse craindre un calcul, une dissimulation. D’ailleurs si le Lion éprouve tellement le besoin de rassurer ses sujets, c’est bien que ses intentions ne sont pas claires ! Ainsi, tout dans cette première partie consacrée à l’édit royal, fait naître une inquiétude, et dramatise la situation.
Pourtant les deux vers qui assurent latransition avec la deuxième partie ne montrent qu’une obéissance aveugle des sujets à l’autorité royale incontestable. Ce sont deux vers narratifs, deux octosyllabes à rime plate, dont la brièveté souligne surtout l’efficacité du pouvoir :
« L’édit du prince s’exécute.
De chaque espèce on lui députe.»
L’utilisation de la tournure pronominale « s’exécute » montre que la mécanique du pouvoirest bien huilée et fonctionne automatiquement, d’elle-même. Quant au pronom indéfini « on » dans le deuxième vers il montre des sujets anonymes, sans personnalité, s’empressant d’obéir, sans exception, toutes « espèces » confondues, à l’ordre formulé, et sans aucune réflexion ni a priori ni, semble-t-il, a posteriori. Car il faut surtout remarquer que ce récit lapidaire reste volontairementmystérieux et évasif : qu’advient-il de tous ces députés, on n’en sait rien. Ils sont manifestement livrés à la « discrétion » du Lion, qui ne rend pas compte de ses actes, et à qui l’on ne demande rien. C’est donc par leur aspect très elliptique que ces deux vers sont remarquables, l’art de La Fontaine étant ici de passer l’esssentiel sous silence…
La dernière partie de la fable est dévolue au discoursdu représentant des renards. C’est un discours rapporté au style direct, contrairement à l’édit du Lion, de sorte que l’image du renard pourrait paraître un peu inhabituelle, par rapport au courtisan hypocrite qu’il représente souvent : il est ici plutôt franc, s’engage à la première personne, d’abord du pluriel (« nous met en méfiance») puis du singulier (« je le crois, je vois… »). Mais...
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