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  • Publié le : 10 avril 2010
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L'Ariette VII, à l'opposé, remonte du passé au présent : le premier vers, "Ô triste, triste était mon âme", est à l'imparfait ; toute la deuxième partie est au présent, y compris le verbe principal, "dit", sur lequel une équivoque semble improbable. La transition est assurée par un passé composé, "Je ne me suis pas consolé" (vers 3 et 7), qui affirme la continuité de la tristesse, mais enempruntant le détour de la négation. Entre le premier distique et les trois suivants, il y a en effet un renversement, de l'explication vers l'incompréhensible :
|Ô triste, triste était mon âme |
|A cause, à cause d'une femme. |
| |
|Je ne me suis pas consolé |
|Bien que moncœur s'en soit allé, |
| |
|Bien que mon cœur, bien que mon âme      5 |
|Eussent fui loin de cette femme. |
| |
|Je ne me suis pas consolé, |
|Bien que mon cœur s'en soit allé. |

Le passage de laphrase en "à cause de" aux phrases en "bien que" sous-entend que l'éloignement eût dû dissiper la tristesse : qu'il n'en soit pas ainsi introduit à la contradiction finale. Cette logique se complique en outre d'un contraste entre deux subjonctifs différents bien que dépendant du même verbe au passé composé : "s'en soit allé", qui relève des temps du "discours", et "eussent fui" qui appartient auxtemps du "récit" et est le seul à marquer véritablement l'antériorité — le plus-que-passé. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une infraction aux règles de la concordance des temps, mais plutôt d'une présentation duelle de ce qui sera baptisé "exil". Chronologiquement, il y a d'abord une fuite, événement raconté et situé dans un passé sans communication avec le présent. C'est en rapport aveccet événement qu'est mentionnée "cette femme", ainsi doublement éloignée. Et il y a un départ présenté sous forme absolue ("s'en soit allé" sans complément), comme s'il s'agissait de suggérer un acte dont seul importe qu'il continue de retentir sur le présent. Le cœur a déserté, mais qui ? La femme ou le "je" ? En tout cas, c'est de ce "second" passé que semblent découler, dans la deuxième partie,à la fois la disparition du "je" et de la femme, et un présent qui s'appuie sur la substantivation d'"eussent fui"/"s'en soit allé" en "exil" :
|Et mon cœur, mon cœur trop sensible |
|Dit à mon âme : Est-il possible,                  10 |
| |
|Est-il possible, –le fût-il,– |
|Ce fier exil, ce tristeexil ?, |

avant les derniers vers qui opposent à "présents" deux participes passés, comme si cœur et âme se trouvaient encore traversés, en sus d'une contradiction, par un reste d'opposition temporelle. "Présents" fait ici figure d'intrus, mais il est justifié, porté par le glissement des temps. A côté, la "forme adjectivale" du verbe suggère, non plus une situationmétaphysique comme le substantif "exil", mais avant tout une sujétion complète à un état dont la responsabilité n'incombe plus à personne, et pourtant définitoire :
|Mon âme dit à mon cœur : Sais-je |
|Moi-même que nous veut ce piège |
| |
|D'être PRÉSENTS bien qu'EXILÉS,         15 |
|Encoreque loin EN ALLÉS ? |

En renonçant aux temps du récit en même temps que le "je" s'efface devant le couple "âme"-"cœur", le poème supprime tout lien avec l'histoire amoureuse (18), ce qui laisse devant le scandale de la contradiction nue.
On pourrait cependant soupçonner dans l'incise du vers 11 ("Est-il possible, —le fût-il,—/ Ce fier exil... ?") une sorte de...
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