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  • Publié le : 2 octobre 2010
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Faut-il une réforme sociale-libérale du marché du travail ?
Fiche de lecture de : « Le Chômage, fatalité ou nécessité ? » de Pierre Cahuc et André Zylberberg. L’ouvrage que viennent de publier les deux professeurs d’économie de l’Université Paris-I se veut paradoxal. Selon la quatrième page de couverture, « le chômage est nécessaire : il est indispensable à la croissance ». D’une part, lechômage est utile. Il ne faut surtout pas contrarier le processus de création/destruction d’emplois, source du dynamisme et des gains de productivité des économies capitalistes. Les travailleurs doivent accepter de changer en permanence d’entreprises, de connaître des phases prolongées de recherche d’emploi. D’autre part, réduire le taux de chômage passe par un meilleur fonctionnement du marché dutravail, et non par plus de croissance ou par une meilleure politique macroéconomique. Il faut mettre en œuvre les réformes qu’un petit cercle d’experts du marché du travail préconisent et que les hommes politiques ont jusqu’à présent refusé de suivre par ignorance ou par crainte des échéances électorales1. Le lecteur grincheux remarquera que le programme préconisé – réduire les cotisations sociales desemployeurs, inciter à l’emploi en augmentant l’écart entre le RMI et le SMIC, contrôler la recherche d’emplois des chômeurs, supprimer les pré-retraites et les emplois publics aidés – ne se différencie guère de la politique que mènent les gouvernements successifs. Les auteurs en sont donc réduits à préconiser d’amplifier ces dispositifs, PARE, PPE ou réduction des cotisations. Deux nouvellesmesures sont quand même proposées : supprimer la formation professionnelle des adultes trop coûteuse pour ses résultats ; permettre aux entreprises de licencier librement, tout en instaurant une taxe sur les licenciements. Mais, les effets pervers n’en sont guère discutés. Le livre a un aspect amusant (pour les initiés). C’est deux économistes qui plaident pour leur spécialité (l’analyse du marché dutravail) et demandent plus de moyens pour leur méthode (l’analyse économétrique des données individuelles). Ceci les amène à soutenir la thèse selon laquelle des réformes du fonctionnement du marché du travail, et elles seules, pourraient faire diminuer le chômage. Pourtant sont-ils capables d’expliquer l’évolution du chômage en France depuis 1970 par les évolutions de ce fonctionnement ? Lesauteurs refusent, sans discussion, toute action macroéconomique. Pourtant, de 1996 à 2001, le taux de chômage en France a baissé de 11,9 à 8,5 % ; l’emploi a augmenté de 8,5 %. Faut-il oublier cette expérience, car elle n’entre pas dans le champ des auteurs ? De même, ils refusent toute politique industrielle, toute politique publique de recherche, d’éducation, de formation. Pour l’organisation de laproduction, ils font toute confiance aux entreprises. Pour le reste, l’Etat ne doit pas chercher à impulser la croissance ; il doit se borner à rendre employables les salariés qui ne le sont pas, non pas en les formant, mais en offrant des baisses de cotisations aux entreprises jusqu’au moment où elles accepteront de les employer. Grosso modo, il y a deux grandes explications de la persistance duchômage de masse en Europe continentale. Les libéraux en attribuent la responsabilité à des salaires et des cotisations sociales trop élevés, à une législation du travail trop contraignante. Les emplois non-qualifiés sont trop chers en Europe, d’autant plus que le progrès technique les fait disparaître et que la mondialisation permet aux entreprises de produire dans des pays à bas salaires. Pourretrouver le plein emploi, les travailleurs doivent accepter des salaires plus bas et une plus grande flexibilité. Pour les keynésiens, l’Europe souffre d’une demande trop
Cependant, il est difficile de comprendre pourquoi un gouvernement aurait peur de mettre en œuvre des réformes qui réduirait fortement le taux de chômage. Sauf, si ces réformes supposaient une baisse du niveau de vie d’une...
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