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  • Publié le : 1 novembre 2010
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Extrait du haut quartier




Même si le narrateur (sans doute la narratrice) est absent, on sent un regard, un jugement, souvent une ironie, plus complexe qu’il n’y parait (éloge ou dénonciation ? Dénonciation par l’éloge ?). Mais ce n’est pas tout de dire que s’exprime ici une condamnation des « blancs », colonsinsolents d’égoïsme et de privilèges. Il faut d’abord noter (ce qui va de soi va mieux en le disant) que la description de ce quartier réfléchit l’image de colons précis(les lieux définissent les personnes), ce qui fait de cette description une description balzacienne ! Ce transfert de caractéristiques (richesse, propreté, blancheur) est le premier fait marquant du texte.Mais la projection de soi dans son environnement va plus loin dans cette page car ce quartier est plus qu’un reflet réaliste, c’est un fantasme, l’expression d’un rêve, le langage d’une mythologie inconsciente que perçoit et dévoile M. Duras. Car la narratrice ne dit pas au lecteur : regardez comme ils sont haïssables, ces colons. Elle dit : regardez comment ils pensent, comment ils se voient,comment ils se rêvent. Sa condamnation est indirecte, ironique. En s’introduisant dans les consciences, les mentalités, elle révèle une démesure, une folie, un délire.
D’où la dernière caractéristique du texte : son dense réseau de métaphores. Il y a une très forte cohésion dans cette description, soudée autour de motifs récurrents : blancheur, immensité, fraicheur, inutilité,qui, les uns et les autres, vont se prêter au travail métaphorique de la narratrice associant ce haut quartier au jardin des délices, croisement d’un espace sacré et d’un séjour de béatitudes.
Pour approfondir ces quelques réflexions, reprenons selon l’ordre
I. Un quartier reflétant une puissance... « Là tout n’est qu’ordre et beauté/ Luxe calme et volupté » c’est faire injure à Baudelaire quede le citer ici mais ses vers décrivent parfaitement l’impression laissée par ce haut quartier. 1. Haut quartier, haute opinion de soi (supériorité): a. Hauteur et distinction (élévation). Quartier réservé à une caste (pas tous les colons juste « les blancs qui avaient fait fortune » + « se retrouver entre eux »). b. Espace : l’espace marque la distance. Le spacieux : tout est spacieux, large :trottoirs, avenues, terrasses. c. Le centre : tout est rempart pour préserver, isoler ce centre: l’espèce rare est d’abord l’espèce privilégiée, à protéger, espèce aristocratique, noble. 2. Luxe et beauté : a. la blancheur omniprésente jusque dans l’éclat, la « luisance » blancheur comme valeur esthétique, comme prestige (« rutilant ») b. luxe du quartier : automobiles, magasins, cafés, cocktails. Larichesse ne pèse pas, elle pose : l’argent se déculpabilise en luxe : il se blanchit. c. fleurs : quartier urbain ou jardin (« arbres rares ») ? Rues ou allées ? Rien ne doit rappeler un monde de négoce, d’affaires. La fraicheur est aussi antithèse de la pesanteur, de la moiteur, évacuation, oubli de la pesanteur des activités. 3. Calme et volupté : a. la paix : « puissants au repos », « paixsans mélange » paix du jardin .b. le silence : celui des automobiles. Aucun son, aucun bruit dans le haut quartier. Les pas eux-mêmes sont « négligents ». c. Le temps : le temps devant soi ou à soi: taxis qui attendent, colons en terrasse « jusqu’à tard dans la nuit », temps de « sucer » un verre.
II ... Une puissance qui est fantasme... Les colons se donnent le spectacle de leur présence dit letexte. Autrement dit, ils jouissent d’eux-mêmes et de l’image qu’ils se font d’eux-mêmes. C’est ce que décode l’écriture de M. Duras qui remontent aux métaphores fondatrices d’un fantasme de dieux ou héros au paradis. 1. Vivre comme des dieux... : a : la démesure, la disproportion (l’immense) est à la mesure de ces demi-dieux (ou héros) auxquels ils s’identifient. L’oxymore « mesure surhumaine »...
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