Commerce france etats unis 1940

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  • Publié le : 22 décembre 2010
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Le commerce France-Etats-Unis de 1940 à 1942 : des échanges anémiés, mais autant d’enjeux politiques

Entre la débâcle de juin 1940[i] et le débarquement en Afrique du Nord de novembre 1942[ii], la France de Vichy, théoriquement pays neutre et souverain, n’avait pas de raison de rompre tous ses liens commerciaux avec la première puissance économique mondiale, longtemps neutre elle aussi. Maisil s’avéra rapidement que le moindre flux de marchandises échangé entre ces deux « neutres » qui n’en étaient pas réellement, était en réalité un élément du vaste jeu qui se déroulait sur l’échiquier de la guerre mondiale.

Les interrogations de juillet 1940.

Jusqu’à la fin des années 30, la France, traditionnellement protectionniste[iii], réalisait environ la moitié de ses échanges avec sespropres colonies[iv]. Depuis 1933, et la division du monde en blocs monétaires et commerciaux, ses échanges avec les Etats-Unis, leaders du « bloc dollar » alors qu’elle faisait partie du « bloc-or », étaient devenus de plus en plus réduits. Les inquiétudes liées à la menace croissante des Nazis avaient cependant amené, dès 1938[v], un infléchissement. Malgré l’isolationnisme affiché desAméricains, les démocraties occidentales sentaient bien que, en cas de conflit, comme cela avait été le cas en 1917/1918, seule la puissance américaine pourrait leur permettre de faire pencher la balance. Quant à Roosevelt, malgré l’opposition de milieux d’affaires isolationnistes ou germanophiles disposant d’importants lobbies à Washington, il multipliait les signes d’encouragement à la résistance face autotalitarisme. En 1939, la loi « Cash and Carry », si elle réaffirmait la neutralité américaine[vi], permettait aux Franco-anglais, maîtres des mers, de puiser dans l’immense potentiel industriel des Etats-Unis. Dès septembre 1939, d’importantes livraisons militaires, chapeautées par Raoul Dautry, ministre français de l’armement, quittaient les Etats-Unis à destination de la France. Elément clé,se distinguaient les livraisons de chasseurs Curtiss, destinées à compenser l’infériorité française sur le plan aérien, dont les premières commandes remontaient à mai 1938. S’y ajoutaient des chars, des mitrailleuses, des véhicules de transport…ainsi que d’importantes cargaisons de blé et produits alimentaires divers.
A partir du 22 juin 1940, la France, devenue théoriquement neutre dans leconflit après avoir signé l’armistice, n’avait pas de raison de voir se tarir le flot de marchandises américaines, tout au moins à destination des ports de la zone libre ou de l’empire colonial. Mais le pragmatisme anglo-saxon avait eu tôt fait de faire la part des choses. Dès ses premiers jours, le gouvernement Pétain[vii], qui n’était pas encore installé à Vichy, pouvait laisser subodorer un subtilpuis de plus en plus prononcé parfum de sympathie pour l’Axe[viii]. L’Affaire de Mers El Kébir le 3 juillet 1940 fut l’élément révélateur. Vichy avait rompu ses relations diplomatiques avec Londres, et parlait de bombarder Gibraltar…[ix] En représailles, Londres classait la France parmi ses « ennemis potentiels » et lui imposait son blocus maritime. Quelle position les Etats Unis devaient ilsadopter face à ce divorce sanglant des anciens alliés, et qu’allait il advenir des commandes françaises en cours ?

L’attitude américaine au sujet du commerce avec les Français pendant l’été 1940.

Dès le 17 juin, craignant que le matériel commandé depuis des mois par les dirigeants français (et encore en urgence par Paul Reynaud les jours précédents) ne tombe aux mains des Allemands, lesAméricains consignèrent dans leurs ports tout le matériel militaire à destination de la France, dont 450 avions de chasse. Il n’y avait là qu’acte de bon sens, les Etats-Unis n’ayant aucun intérêt à armer l’Axe, et, argument encore plus important pour les milieux d’affaires : qui allait payer le matériel livré en cas de confiscation par les autorités allemandes ?
A contrario, la France continuait à...
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