Concentration et concurence peuvent elles coexister?

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  • Publié le : 5 novembre 2009
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Contribution pour le rapport UNESCO Construire des sociétés du savoir

Introduction à l’économie de la connaissance
Bruno Amable (Université Paris 10 et Cepremap) Philippe Askenazy (Centre National de la Recherche Scientifique et Cepremap)

« Le savoir est le pouvoir », Francis Bacon Meditationes Sacrae (1597)

Résumé :
L’attention récente portée à l’économie de la connaissance estliée à l’importance croissante des activités de recherche et d’éducation dans l’économie mondiale. Cette augmentation de l’intensité en connaissances concerne aussi les technologies associées de l’information et de la communication (TIC). L’économie de la connaissance se définit alors comme un stade du capitalisme où se généraliserait un modèle productif particulier organisé autour descomplémentarités organisationnelles et technologiques entre les TIC, le capital humain des agents susceptibles d’utiliser ces technologies et une organisation réactive de la firme qui permettrait la pleine utilisation du potentiel de productivité des deux premiers éléments. Les réseaux tendraient à se substituer aux catégories plus classiques d’organisation des marchés. Mais, plutôt qu’une révolution,l’économie de la connaissance recouvre des mécanismes du développement économique étudiés depuis les auteurs classiques. De plus, l’économie de la connaissance n’est certainement pas l’« eldorado » promis, elle bute sur le problème de l’asymétrie d’information, qui ne peut pas être intégralement résolu par les TIC. Par ailleurs, seul un optimisme technologique sans borne mènerait à la conclusion que ladiffusion des TIC peut mener les pays du sud à rattraper les pays du nord. La diffusion de ces techniques se comprend en complémentarité avec des changements organisationnels et surtout l’augmentation des compétences des individus. Un seul de ces éléments transplanté dans un contexte différent ne peut suffire à enclencher une dynamique vertueuse. Ceci devrait mettre en garde contre l’aspect normatifassocié à l’économie de la connaissance : réforme des institutions et modes d’organisation accompagnant un nouvel age du capitalisme censé être caractérisé par l’intensification de la concurrence, la précarité et l’exigence de flexibilité. Une partie de ces éléments relève du mythe. Une autre oriente les sociétés vers un modèle unique de capitalisme sous couvert d’un déterminisme technologique oud’un impératif de modernité. Il en est probablement de l’économie de la connaissance comme des précédents ages du capitalisme, elle s’accommodera de la diversité.

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La place du savoir, des sciences et des technologies dans la dynamique de croissance actuelle donne lieu à une intense réflexion au sein du champ économique. En particulier, de nombreux auteurs soulignent que l’on serait entré dansune nouvelle phase du développement capitaliste basée sur la connaissance1 succédant à une phase d’accumulation de capital physique ; cette vision impose des scénarios prospectifs particuliers auxquels sont associées des prescriptions politiques. L’objectif de cette contribution est de proposer une présentation critique non exhaustive de ces analyses. Les deux premières parties décrivent lesprincipaux éléments de l’économie de la connaissance, de l’élément de base que constitue le « secteur » producteur de savoir et de technologie à l’irrigation de la connaissance dans l’ensemble des activités de production et dans l’organisation des marchés. La dernière partie, qui précède nos propres recommandations, s’attache à recenser les limites de cette vision notamment sa nonoriginalitéhistorique, la pertinence des scénarios futurs, son inadéquation à l’ensemble des pays ou son détournement « idéologique ». I. L’économie de la production de savoir et de technologie L’attention récente portée à l’économie de la connaissance –ou plutôt l’économie fondée sur la connaissance, voire la société fondée sur la connaissance— part du constat que certaines activités « immatérielles » liées à...
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