Confiteor de l'artiste

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  • Publié le : 22 avril 2010
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Le confiteor de l’artiste,
Petits poèmes en prose (ou Le spleen de Paris), Baudelaire
 Que les fins de journées d'automne sont pénétrantes ! Ah ! pénétrantes jusqu'à la douleur ! car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n'exclut pas l'intensité ; et il n'est pas de pointe plus acérée que celle de l'Infini.
Grand délice que celui de noyer son regard dans l'immensité du cielet de la mer ! Solitude, silence, incomparable chasteté de l'azur ! une petite voile frissonnante à l'horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite !) ; elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sansarguties, sans syllogismes, sans déductions.
Toutefois, ces pensées, qu'elles sortent de moi ou s'élancent des choses, deviennent bientôt trop intenses. L'énergie dans la volupté crée un malaise et une souffrance positive. Mes nerfs trop tendus ne donnent plus que des vibrations criardes et douloureuses.
Et maintenant la profondeur du ciel me consterne ; sa limpidité m'exaspère. L'insensibilitéde la mer, l'immuabilité du spectacle me révoltent... Ah ! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau ? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi ! Cesse de tenter mes désirs et mon orgueil ! L'étude du beau est un duel où l'artiste crie de frayeur avant d'être vaincu.
Dans ce poème, Le confiteor de l’artiste, Baudelaire se trouve tour à touren harmonie puis en rupture avec la nature qui l'entoure et semble ainsi être tiré d'un rêve pour retomber brutalement dans la réalité. Il jouit du paysage, en contemple la beauté, puis il en souffre et finit par rejeter le beau. A ce titre, ce poème illustre une esthétique de la déchirure et l'on peut alors se demander comment comprendre ces sentiments paradoxaux au sein de la nature.

1. Uneconfession comme un bilan poétique dressé par Baudelaire

11. Une confession lyrique

- l’atmosphère religieuse conférée par le titre : Confiteor, en latin, signifie « je confesse », d'où deux sens possibles : je professe ma foi, ou je demande pardon, je me reconnais coupable.

- Lexique de la confession : « solitude » et « isolement » = le pénitent seul face à sesfautes, « silence » = propice à la méditation, à l’absolution, champ lexical de la douleur : poids de la culpabilité

- le lyrisme : Interjection « Ah » répétée = registre de la plainte, 8 exclamatives, occurences du « je »

Objet de la confession : Echec de l’étude du beau ?

12. Le spleen et le dilemme

Expression du spleen préparée par le choix de lasaison (l'automne, saison souvent évoquée par Baudelaire lorsqu'il médite sur le temps et la condition humaine, topos des saisons et du temps qui passe, saison de la mélancolie) et le lyrisme

Souffrance, douleur : vocabulaire de la blessure par arme blanche (pénétrantes (deux fois), pointe acérée) repris par "duel"

L’inspiratrice (la nature) provoque la souffrance: « deviennentbientôt trop intenses » : adverbe « « trop » connote la difficulté + « Et maintenant… » : gradation, tournure négative

Renversement du lien nature/poète : le poète subit le changement (passe de sujet à COD, donc à objet)

« Ah ! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau ? » : question rhétorique mais interrogation réelle et insoluble = expression du dilemme,balancement marqué par coordination « ou »

La structure de ce texte fait écho à l’expression du dilemme :

Un apologue : introduction annonciatrice (qui laisse présager la fin), plaisir, douleur, plainte et morale (dernière phrase)

Un récit en pic : La rêverie et la méditation qui constituent la phase ascensionnelle, puis la révolte et la défaite...
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