Conscience dumas

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Alexandre Dumas

Conscience l’innocent

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Alexandre Dumas

Conscience l’innocent
roman

La Bibliothèque électronique du Québec Collection À tous les vents Volume 787 : version 1.0
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Du même auteur, à la Bibliothèque : Les Louves de Machecoul La femme au collier de velours Les mariages du père Olifus Le prince des voleurs Robin Hood, le proscrit Les compagnons de Jéhu Le comtede Monte-Cristo La San Felice La reine Margot Les trois mousquetaires Vingt ans après Le vicomte de Bragelonne Le chevalier de Maison-Rouge Histoire d’un casse noisette et autres contes La bouillie de la comtesse Berthe et autres contes

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Conscience l’innocent

Édition de référence : Paris, Michel Lévy Frères, Libraires-Éditeurs, 1861. Image de couverture : L’homme à la houe, DeJean-Baptiste Millet.

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I
Les deux chaumières Sur les limites du département de l’Aisne, à l’ouest de la petite ville de Villers-Cotterêts, engagées dans la lisière de cette magnifique forêt qui couvre vingt lieues carrées de terrain, ombragées par les plus beaux hêtres et les plus robustes chênes de toute la France, peut-être, s’élève le petit village d’Haramont, véritable nid perdu dans la mousseet le feuillage, et dont la rue principale conduit par une douce déclivité au château des Fossés, où se sont passées deux des premières années de mon enfance. À mesure qu’on avance dans la vie, et qu’on s’éloigne, en réalité, du berceau pour se rapprocher de la tombe, il semble que ces fils invisibles qui rattachent l’homme aux lieux de sa naissance se fassent plus forts et plus invincibles.

5 C’est que le cœur, l’esprit, l’intelligence, tout l’être enfin, réagit contre ce spectre qu’on appelle le temps, qui nous pousse sans cesse en avant d’une main plus forte et d’une impulsion plus sensible, comme si notre vie suivait une pente, et que, selon les lois de la pesanteur, elle roulât plus rapide vers la fin que vers le commencement ; alors on se retourne éploré ; on crie, on secramponne à tout ce que l’on rencontre sur la route ; puis, comme tout ce que l’on rencontre suit la même pente, entraîné par le même tourbillon, l’on sent que toute résistance est inutile et désespérée ; l’on tend les bras vers les objets lointains qui brillent à l’horizon matinal comme aux dernières flammes du couchant, blanchissent parfois, à l’horizon opposé, les murailles d’une humble petitemaison, ou enflamment les vitres d’un orgueilleux et splendide château. La vie de l’homme se sépare en deux phases bien distinctes : les trente-cinq premières années sont pour l’espérance ; les autres sont pour le souvenir.

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Puis il s’opère encore un autre mirage dans ce désert que l’on vient de parcourir et où les oasis se font de plus en plus rares ; c’est que les objets qui ont frappé lavue du corps au commencement du chemin, quand on marchait la tête haute et les bras ouverts à la suite de cette belle et fugitive déesse qu’on appelle l’espérance, objets auxquels on a fait attention à peine, objets qu’on a laissés insoucieux sur la route, qu’on a méprisés comme trop obscurs, qu’on a dédaignés comme trop humbles ; c’est que ces objets, du moment où l’on a franchi la ligneintermédiaire, du moment où l’on ne vit plus par l’espérance, mais par le souvenir, où cependant l’on continue de marcher, parce que la devise de la vie est le mot Marche ! mais où l’on marche le front incliné et les bras pendants ; c’est que ces objets, disons-nous, reparaissent peu à peu à la vie de l’âme, et que, comme l’âme les apprécie, fille du ciel, tout au contraire de ce que les a jugés l’orgueil,qui est un enfant de la terre, leur obscurité devient lumière, leur humilité devient grandeur, si bien qu’on aime ce que l’on méprisait, qu’on admire ce que l’on a dédaigné.

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Voilà pourquoi, au lieu d’aller toujours en avant, considérant selon les caprices de mon esprit ou les écarts de mon imagination, cherchant des types nouveaux, créant des situations étranges et inconnues, voilà...
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