Consommerrendilheureux

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  • Publié le : 3 janvier 2011
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La chroniqueConsommer rend-il heureux ?
Cette question semble avant tout relever du domaine individuel, ne serait-ce que parce que chacun à sa manière à soi de définir le bonheur. Nous devrions être capables d’évaluer le plaisir ou l’utilité que nous retirons de notre consommation. Si nous nous comportons comme l’homo econimicus rationnel des économistes, nous devons cesser de consommertoujours plus à mesure que l’utilité que nous en tirons ne suffit plus à compenser la peine que nous nous donnons à gagner l’argent nécessaire pour acheter. Et pourtant… La question du lien entre la consommation et le « bonheur », depuis une quinzaine d’années, est l’objet de travaux scientifiques, de la part de psychologues mais aussi d’économistes, qui parviennent à des résultats étonnants…
Le constatAu départ, il y a ce "paradoxe du bonheur" mis en évidence de façon empirique pour la première fois, par l’économiste Richard Easterlin au milieu des années 1970 : l'accroissement de la richesse n'entraîne pas nécessairement celui du bonheur des populations. Le constat d'Easterlin a été depuis maintes fois reproduit, à partir d'autres sources, pour d'autres périodes et pour d'autres pays. Plusprécisément, la littérature a fait émerger trois faits stylisés :
- dans un pays donné, à un moment donné, il existe bien une corrélation robuste entre le niveau de revenu des individus et le sentiment subjectif de bonheur : les individus les plus riches se déclarent, en moyenne, plus heureux que les plus pauvres ;
- en comparaison internationale, la relation entre revenu et bonheur est trèsimparfaite : les pays pauvres (au moins au-delà d'un certain seuil de revenu par habitant) ne sont pas systématiquement moins heureux que les pays riches ;
- la progression à moyen et long terme du revenu d'une même population ou d'un même panel d'individus ne s'accompagne pas d'une élévation du sentiment de bonheur .
Ces constats empiriques sont, bien sûr, sujets à discussion. Tout d’abord, ils nedoivent pas conduire à remettre en cause les aspirations des plus défavorisés à disposer de plus de pouvoir d’achat. Une étude récente de l’INSEE montre clairement, pour la France d’aujourd’hui, que les populations à faible revenu sont nettement désavantagées sur la plupart des dimensions associées à la « qualité de vie » (les conditions de vie matérielles, bien sûr, mais aussi la santé,l’éducation, les contacts avec les autres…). Ensuite, quelle valeur accorder à l'auto-évaluation par les personnes interrogées de leur niveau de "bonheur" au travers de réponses à une question fermée ? L'échelle du sentiment de bonheur dans ces enquêtes étant limitée et fixe (généralement une échelle à 4, 7 ou 10 niveaux), alors que la croissance du revenu n'est pas bornée, il est sans doute partiellementnormal que la croissance du sentiment de bonheur ne soit pas parallèle à la croissance du revenu...
Les résultats obtenus sont cependant suffisamment forts et récurrents pour conduire à une remise en cause d'un postulat souvent implicite de l’analyse économique : l'assimilation de la croissance de la consommation et de celle du bien-être. Les travaux des psychologues vont dans le même sens : lesindividus les plus « accros » à la consommation ne sont pas les plus heureux. Au contraire… ils affichent davantage de symptômes d’anxiété, sont soumis à un risque plus grand de dépression, consomment davantage d’alcool et de tranquillisants… Bref, ce serait surtout les gens « malheureux » qui tenteraient de trouver une échappatoire (illusoire) dans la consommation.
La mise en lumière du paradoxedu bonheur a été au point de départ d'un axe de recherche en plein développement cherchant à en expliciter les dessous et à mettre en lumière les déterminants du sentiment de bonheur.

Les explications
Deux mécanismes principaux ont été mis en avant pour rendre compte du paradoxe du bonheur.
L’effet d’adaptation
Le premier, qualifié de mécanisme d'adaptation, renvoie à l’idée que le...
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