Contexte et enjeux

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  • Publié le : 14 décembre 2010
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En France, le milieu de la Défense bruit depuis quelque temps d'une rumeur insistante : l'Etat « réfléchirait » à la promulgation d'une doctrine sur des sociétés militaires privées à la française. Un colloque à huis clos a été organisé fin septembre sur le sujet par le SGDSN en partenariat avec la Fondation pour la recherche stratégique. La perspective d'une résurrection du mercenariat national,enterré juridiquement dans les sables de la loi d'avril 2003, ne va naturellement pas manquer de nourrir les fantasmes et les caricatures sur la renaissance des « chiens de guerre » et autres mythes « barbouzards » si chère à l'imaginaire journalistique. Convoquer les fantômes de Jean Schramme ou de Bod Denard, n'aidera pourtant pas à comprendre le phénomène de privatisation de la sécuritéinternationale qui se joue actuellement à l'échelle mondiale. Les avancées opérées par la Suisse et les organisations internationales via le document de Montreux montrent qu'un travail pragmatique de standardisation au niveau international est à l'œuvre, bien loin des crispations et des tabous auxquels prête régulièrement le débat en France. Alors qu'un code de conduite en la matière a été signé le 9novembre à Genève par les représentants d'une soixantaine d'entreprises de sécurité, l'Etat français a, pour l'heure, décidé de rester en marge de ce mouvement et de s'en tenir à une simple « réflexion ». Une passivité qui pourrait lui coûter cher à terme, autant d'un point de vue économique que géostratégique.



Contexte et enjeux - La France, à l'exemple de l'ensemble des armées occidentales,s'est en effet engagée depuis vingt ans dans un processus continu de réduction de ses effectifs militaires. Est-il besoin de le souligner ? La réforme structurelle de l'appareil de Défense conduite par la Révision générale des politiques publiques, dont les orientations ont été actées par le Livre blanc 2008, et un discours stratégique aimanté désormais par la nécessité du « recentrage des arméessur leur cœur de métier », nous mènent inéluctablement vers une accélération du processus d'externalisation. La formation des pilotes d'hélicoptères est déjà aux mains du privé. Celle des parachutistes est en passe de l'être. Les fonctions logistiques en opérations extérieures font également l'objet d'expérimentations depuis 2002. Externaliser en partie la formation de nos soldats sur le solnational et la logistique en OPEX est une chose. « Armer » des gardes privés pour des missions de protection de sites stratégiques ou de convois en est une autre. Un palier serait franchi. L'hypothèse d'une révision éventuelle de la loi d'avril 2003, loin de faire l'unanimité dans le milieu professionnel, s'inscrit dans ce cadre. Jusqu'où permettre l'externalisation du militaire ? Jusqu'où le borneret préserver les fonctions régaliennes ? Voilà la substance du débat. En vérité, le vrai scandale ne serait pas que la France soit capable de faire preuve d'un pragmatisme minimal en organisant et en encadrant étroitement les activités commerciales de ces sociétés et en en faisant un outil de son influence et de son action géostratégique, mais que l'Etat, faute de ressources budgétaires et humainessuffisantes, se voit contraint d'ici à dix ans de sous-traiter la sécurité de ses ambassades à des entités anglo-saxonnes type Blackwater/Xe. Si l'Etat libéralise trop rapidement et trop brutalement le secteur, alors qu'aucun acteur national en mesure d'assumer ces délégations de souveraineté n'a émergé, nous nous retrouverons dans ce cas de figure dramatique.



« Sociétés militairesprivées » ? De l'importance des termes - Notons d'emblée que l'intitulé choisi par le SGDSN pour le colloque - « La France et les entreprises militaire et de sécurité privées » - traduit un problème d'approche. Parler de « sociétés militaires privées » dans le contexte français a-t-il un sens ? Ce terme est à la fois très vague et très précis. Vague parce qu'il englobe toute une série d'activités et...
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