Conversation ac blackborne

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  • Publié le : 16 avril 2011
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Conversation avec Blackborne – Samuel Pepys (1663)

Introduction :

Le discours sur la royauté et sur ses prérogatives, sur la personne du roi et le rôle que le peuple attend qu’il joue est omniprésent dans la littérature politique de l’Angleterre à la période moderne[1]. Journaux, traités politiques, textes religieux, tous gravitent autour de l’idée monarchique qu’il s’agit depréciser, de promouvoir, mais parfois aussi de décrédibiliser pour l’écarter du pouvoir. A ce titre, l’extrait du journal de Samuel Pepys est doublement important. C’est d’abord une source incomparable – et par moments l’unique témoignage – dont nous disposons pour comprendre les réalités sociales, politiques et religieuses de l’après révolution, c'est-à-dire de la Restauration des Stuart à partir de 1660.Mais c’est surtout un texte important pour saisir les difficultés de la transition entre la République des années 1650 et le retour d’un monarque au style politique particulier[2]. Samuel Pepys, ancien secrétaire de deux ministres de la République mais désormais fidèle du roi Charles II doit donc affronter les difficultés de cette transition tout en justifiant ses choix passés au regard desévénements de 1663.

C’est en effet à cette date que se situe l’extrait que nous allons étudier. En 1663, Samuel Pepys exerce un office de cléricature (c'est-à-dire de secrétaire) au service de l’office de la Marine, l’un des ministères importants de la royauté restaurée. Voici donc le discours d’un homme d’une trentaine d’années, parfaitement intégré aux réseaux de sociabilité de laRestauration, et situé au cœur de l’administration politique financière et guerrière du royaume[3]. Pourtant, la situation psychologique de Samuel Pepys n’est pas si brillante. Elle est celle d’un homme qui doit aussi, par son discours et ses écrits, justifier d’une appartenance passée à la République dont on vient d’exécuter les leaders. Ainsi, la conversation entre Pepys et Blackborne, dont l’auteur nousdit qu’elle a lieu dans une taverne, et qui prend la forme d’un échange sur les grandes questions politiques et religieuses, est avant tout une rétrospective. C’est l’occasion, pour les deux amis aux opinions semblables, de revenir sur le règne et l’exécution de Charles Ier, le monarque déchu par la révolution[4].

Mais le contexte récent, au moment où Pepys écrit (1663)[5], s’il est encoreincertain, comporte également sa part de stabilité et l’exercice du pouvoir, tout comme la société, sont marqués par un ensemble de continuités et de certitudes. Le Parlement dit « cavalier » c'est-à-dire royaliste, siège depuis 1661, c'est-à-dire depuis deux ans, ce qui n’est pas rien après les événements troublés des années 1650. Cette stabilité assure une forme de continuité politique face àlaquelle Pepys réagit mais qui lui permet également de vivre puisqu’il travaille dans l’administration. En 1662, ce parlement a par exemple voté l’Acte d’Uniformité qui exclut la plus grande partie des dissenters (cad les non anglicans) de la société civile. La mesure est passée sans violences notoires, ce qui signifie bien que l’autorité parlementaire et royale est restaurée en même temps que lamonarchie. Et dans la société civile même, Pepys observe un certain nombre de réalités – comme la méfiance vis-à-vis d’une partie du clergé – qui sont des phénomènes de fond qui n’ont pas fondamentalement changé lorsque l’Angleterre a changé de régime politique[6].

Pourtant, le fond du discours réside dans la notion de transition. Lorsque Pepys parle de sa société, il évoque un pays marquépar le passage d’une République à une monarchie où chaque couche de la société : les petites gens, les travailleurs, l’armée, le clergé, mais aussi les élites politiques ou marchandes doivent s’adapter à un changement de régime où leur statut professionnel et social est parfois remis en cause. Et quant à l’auteur, le ton qu’il adopte, péremptoire, sur de lui, fait difficilement oublier que...
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