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George Sand

Contes d’une grand-mère
*

BeQ

George Sand

Contes d’une grand-mère
Tome premier

La Bibliothèque électronique du Québec
Collection À tous les vents
Volume 44 : version 1.02

2

De la même auteure, à la Bibliothèque :

La Comtesse de
Rudolstadt
Consuelo
Le meunier d’Angibault
Horace
La dernière Aldini
Les dames vertes
Les maîtres mosaïstes
Le secrétaireintime
Indiana
Valentine
Leone Leoni
Lelia
La mare au diable
La petite Fadette
Simon

François le Champi
Teverino
Lucrezia Floriani
Le château des
Désertes
Les maîtres sonneurs
Francia
Pauline, suivi de
Metella
La marquise, suivi de
Lavinia et Mattea
Les ailes de courage
Voyage dans le cristal
Légendes rustiques
Un hiver à Majorque
Aldo le rimeur
Nanon

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Contesd’une grand-mère
*

Édition de référence :
Paris, Calmann-Lévy, éditeur, 1876.

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Le chêne parlant
À mademoiselle Blanche Amic.

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Il y avait autrefois en la forêt de Cernas un
gros vieux chêne qui pouvait bien avoir cinq
cents ans. La foudre l’avait frappé plusieurs fois,
et il avait dû se faire une tête nouvelle, un peu
écrasée, mais épaisse et verdoyante.
Longtemps ce chêneavait eu une mauvaise
réputation. Les plus vieilles gens du village
voisin disaient encore que, dans leur jeunesse, ce
chêne parlait et menaçait ceux qui voulaient se
reposer sous son ombrage. Ils racontaient que
deux voyageurs, y cherchant un abri, avaient été
foudroyés. L’un d’eux était mort sur le coup ;
l’autre s’était éloigné à temps et n’avait été
qu’étourdi, parce qu’il avait étéaverti par une
voix qui lui criait :
– Va-t’en vite !
L’histoire était si ancienne qu’on n’y croyait
plus guère, et, bien que cet arbre portât encore le
nom de chêne parlant, les pâtours s’en
approchaient sans trop de crainte. Pourtant le
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moment vint où il fut plus que jamais réputé
sorcier après l’aventure d’Emmi.
Emmi était un pauvre petit gardeur de
cochons, orphelin et trèsmalheureux, non
seulement parce qu’il était mal logé, mal nourri et
mal vêtu, mais encore parce qu’il détestait les
bêtes que la misère le forçait à soigner. Il en avait
peur, et ces animaux, qui sont plus fins qu’ils
n’en ont l’air, sentaient bien qu’il n’était pas le
maître avec eux. Il s’en allait dès le matin, les
conduisant à la glandée, dans la forêt. Le soir, il
les ramenait à la ferme, etc’était pitié de le voir,
couvert de méchants haillons, la tête nue, ses
cheveux hérissés par le vent, sa pauvre petite
figure pâle, maigre, terreuse, l’air triste, effrayé,
souffrant, chassant devant lui ce troupeau de
bêtes criardes, au regard oblique, à la tête baissée,
toujours menaçante. À le voir ainsi courir à leur
suite sur les sombres bruyères, dans la vapeur
rouge du premiercrépuscule, on eût dit d’un
follet des landes chassé par une rafale.
Il eût pourtant été aimable et joli, ce pauvre
petit porcher, s’il eût été soigné, propre, heureux
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comme vous autres, mes chers enfants qui me
lisez. Lui ne savait pas lire, il ne savait rien, et
c’est tout au plus s’il savait parler assez pour
demander le nécessaire, et, comme il était
craintif, il ne le demandait pastoujours, c’était
tant pis pour lui si on l’oubliait.
Un soir, les pourceaux rentrèrent tout seuls à
l’étable, et le porcher ne parut pas à l’heure du
souper. On n’y fit attention que quand la soupe
aux raves fut mangée, et la fermière envoya un de
ses gars pour appeler Emmi. Le gars revint dire
qu’Emmi n’était ni à l’étable, ni dans le grenier,
où il couchait sur la paille. On pensa qu’ilétait
allé voir sa tante, qui demeurait aux environs, et
on se coucha sans plus songer à lui.
Le lendemain matin, on alla chez la tante, et
on s’étonna d’apprendre qu’Emmi n’avait point
passé la nuit chez elle. Il n’avait pas reparu au
village depuis la veille. On s’enquit de lui aux
alentours, personne ne l’avait vu. On le chercha
en vain dans la forêt. On pensa que les sangliers
et...
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