corneille

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‘’Othon’’
(1664)

Tragédie en cinq actes

Othon, sénateur romain dont l'image est trouble du fait de ses débauches passées et de son amitié avec Néron qui vient d'être assassiné, aime Plautine, fille du consul Vinius, et pour cette raison refuse d'épouser Camille, nièce de l'empereur Galba. Martian, conseiller de Galba, est également amoureux de Plautine. Avec Lacus, préfet du prétoire,ils haïssent Othon et proposent à Galba, comme époux de Camille et futur empereur, Pison, personnage vertueux mais faible. Camille refuse ce mariage avec Pison et, par amour pour Othon, est prête à renoncer à l'empire. Devant ce refus, Galba décide que la couronne sera donnée à Plautine, qui épousera Pison. Apprenant que l'armée a mal accueilli Pison, Othon dont la vie est menacée quitte la Couravec l'aide du consul Vinius. Élu empereur par les soldats du prétoire, il s'empare de la ville tout en se faisant passer pour mort afin d'attirer la Cour dans un piège. Pison est tué par les prétoriens ; Galba et Vinius meurent également, tués par Lacus. Plautine, désespérée de la mort de son père, promet sa main à Othon après sa proclamation sur le Capitole.

Commentaire

Ce sujet est tiré dupremier livre des ‘’Histoires’’ de Tacite. Corneille, dans sa préface, considéra comme l'une de ses meilleures cette tragédie qui appartient à la série des tragédies politiques où les intérêts d'État tiennent la première place, tragédies caractéristiques de la seconde période du théâtre de Corneille. Mais, créée à Paris en 1664, elle eut peu de succès.
Il a fallu attendre trois siècles pours'aviser que Corneille avait raison, que c’est l'une de ses meilleures pièces. Cette négligence s'explique par un malentendu. Avoir fait de la simplicité racinienne la pierre de touche de la tragédie classique réussie entraîna très tôt à ne retenir dans la production cornélienne que les œuvres où construction, conflits, expression de l'amour, actions héroïques s'appréhendent d'emblée sous le signe del'évidence. D'où l'attention exclusive portée aux premières tragédies, et, à l'autre bout, quoique plus récemment, à ‘’Suréna’’. L'intérêt que l'on peut porter aujourd'hui à ‘’Othon’’ est le résultat d'une modification radicale du mode de lecture du théâtre cornélien. Nous avons appris à l'envisager dans sa totalité et à le juger non plus selon les critères d'une vision étroite et fausse duclassicisme, mais selon ceux qui se dégagent d'une part de l'ensemble de la production théâtrale du XVlIe siècle, d'autre part, et surtout, de l'intérieur même de l'œuvre cornélien. Car l'esthétique de la complexité, que Corneille mit en place à partir d'’’Héraclius’’, a un sens. ‘’Héraclius’’ et ‘’Othon’’, en effet, jouent chacun à sa manière sur la dialectique de l'apparence et de la réalité : l'un,au travers d'une combinaison de déguisements, est le lieu d'une interrogation généralisée sur l'identité, et, par là, d'une réflexion théâtralisée sur les rapports entre l'apparence héroïque et l'essence royale ; l'autre, au travers d'une dramatisation de la dialectique de l'opacité et de la transparence, paraît être la mise en œuvre dramatique d'une réflexion sur les rapports entre la politique etle mensonge. Cela suppose dans les deux cas une mise en actes (au double sens du terme) qui se traduit par une nécessaire complexité de l'intrigue. Cela suppose donc de la part du lecteur une approche qui tourne le dos à la «lecture d'évidence», qui comprenne que le plaisir puisse naître aussi dans la difficulté.
Le second malentendu tient à la figure du héros : ‘’Othon’’ passe souvent pour unepièce sans héros. C'est que, si l'on a appris à lire l'ensemble de l'œuvre de Corneille, et si l'on s'est convaincu qu'il n'y avait pas de déclin dans sa création artistique, on estime encore quelquefois que c'est son héros qui déclinerait. En fait, il n'y a pas non plus de déclin du héros : l'héroïsme est toujours présent, et avec une égale force, du début à la fin de la carrière tragique,...