Corps jousse

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 12 (2828 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 21 novembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Le corps chez Jousse et Merleau-Ponty

Jousse aimait à citer ce propos de son maître Janet qui disait: « L'action dépend à la fois du cerveau et du muscle. En réalité, l'homme pense avec tout son corps; il pense avec ses mains, ses pieds, ses oreilles aussi bien qu'avec son cerveau[1] .» La question du corps occupe, de fait, une place tout à fait centrale dans les recherches, l'oeuvre etl'enseignement de l'auteur de L'Anthropologie du Geste et il l'a signalé et répété lui-même à de très nombreuses reprises. Ainsi, dans la leçon du 3 mars 1933 qu'il donnait à l'Ecole d'Anthropologie de Paris, Jousse pouvait-il déclarer: « Quand on étudie la pensée humaine, on ne fait jamais appel à ce qui en a été le centre de jaillissement: le corps[2] ».
Or, il semble qu'un philosophe tout à faitconsidérable contemporain de Jousse, à savoir Maurice Merleau-Ponty (1908-1961), se soit livré dans son oeuvre, et notamment dans son grand livre de 1945 intitulé Phénoménologie de la perception à un travail très analogue de réhabilitation et de remise au centre du corps dans l'appréhension de la pensée humaine. Les deux penseurs sont morts la même année (1961) mais, à ma connaissance, ils n'ontjamais eu l'occasion ni de se lire ni de se rencontrer. Je voudrais donc ici tenter de donner quelques éléments pour mettre en scène, de manière posthume, ce dialogue qui n'a pas eu lieu et la question du corps m'a semblé la meilleure porte d'entrée pour donner moins des résultats qu'une esquisse d'un programme de recherche visant à tisser des liens entre l'anthropologie du geste joussienne et laphénoménologie du corps merleau-pontyenne. Je m'appuierai en priorité sur L'Anthropologie du geste pour Jousse et sur la Première Partie de la Phénoménologie de la perception pour Merleau-Ponty. Il s'agira donc ici de faire dialoguer Jousse avec un philosophe de la tradition dite « phénoménologique », tradition à laquelle Jousse, à ma connaissance, ne s'est jamais intéressé de près mais avec laquelleil peut néanmoins présenter des points de rencontre et d'accord tout à fait surprenants. Cette intervention pourra servir de point de départ à un laboratoire de philosophie et de métaphysique autour du rapport de la pensée de Jousse à la philosophie et aux philosophes.
Je voudrais développer une brève réflexion autour de deux axes principaux. Je montrerai, dans un premier temps, comment il y achez Jousse et Merleau-Ponty une réhabilitation du corps face à une tradition intellectualiste (héritée notamment de Platon) qui avait tendance à le reléguer au second plan: pour Platon, disait Alain, il faut penser « comme si l'on n'avait pas de corps ». Dans un second temps, je m'intéresserai à la relation entre le corps et le langage à travers la notion de geste. Mon hypothèse est que cettenotion joussienne de geste joue un rôle fondamental dans le Chapitre VI de la Première Partie de la Phénoménologie de la perception et qu'il peut y avoir là un terrain de dialogue extrêmement fructueux entre Jousse et Merleau -Ponty.

Dans un premier temps, donc, je voudrais montrer comment Jousse et Merleau-Ponty se livrent à une véritable réhabilitation du rôle du corps et de son lien avecl'acte même de penser.
Globalement, on peut dire qu'ils construisent tous deux leur vision du corps en opposition à une tradition dualiste et intellectualiste héritée de Descartes qui fait de la pensée un phénomène indépendant du corps (c'est l'opposition cartésienne entre le corps comme chose étendue (res extensa) et l'esprit comme chose pensante et donc inétendue (res cogitans)). Dans cetteperspective, non seulement la pensée est conçue comme acte intellectuel pur détaché de toute relation au corps mais le corps (lieu des passions et des pulsions) est ce qui nous empêche de penser et ce dont il faut nous détacher (voire même nous arracher) si nous voulons arriver à penser. C'est, par exemple, la leçon de Platon dans le Phédon. Et chez Descartes, c'est cette idée que lorsque le corps...
tracking img