Corpus de textes sur le roman

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Corpus de textes

Texte 1 : Honoré de Balzac, Une Ténébreuse affaire, chapitre 1, 1841.
[Le récit s'ouvre sous le premier Empire, du temps de Napoléon Bonaparte. La police de l'Empire surveille les vastes forêts de Lorraine où se cachent des conspirateurs de familles nobles qui n'acceptent pas le pouvoir de Bonaparte. Michu administre le domaine d'une de ces familles.]
Chapitre Premier : Leschagrins de la police.
 L'AUTOMNE de l'année 1803 fut un des plus beaux de la première période de ce siècle que nous nommons l'Empire. En octobre, quelques pluies avaient rafraîchi les prés, les arbres étaient encore verts et feuillés au milieu du mois de novembre. Aussi le peuple commençait-il à établir entre le ciel et Bonaparte, alors déclaré consul à vie, une entente à laquelle cet homme adû l'un de ses prestiges ; et, chose étrange ! le jour où, en 1812, le soleil lui manqua, ses prospérités cessèrent. Le 15 novembre de cette année, vers quatre heures du soir, le soleil jetait comme une poussière rouge sur les cimes centenaires de quatre rangées d'ormes d'une longue avenue seigneuriale ; il faisait briller le sable et les touffes d'herbes d'un de ces immenses ronds-points qui setrouvent dans les campagnes où la terre fut jadis assez peu coûteuse pour être sacrifiée à l'ornement. L'air était si pur, l'atmosphère était si douce, qu'une famille prenait alors le frais comme en été. Un homme vêtu d'une veste de chasse en coutil vert, à boutons verts et d'une culotte de même étoffe, chaussé de souliers à semelles minces, et qui avait des guêtres de coutil montant jusqu'au genou,nettoyait une carabine avec le soin que mettent à cette occupation les chasseurs adroits, dans leurs moments de loisir. Cet homme n'avait ni carnier, ni gibier, enfin aucun des agrès qui annoncent ou le départ ou le retour de la chasse, et deux femmes, assises auprès de lui, le regardaient et paraissaient en proie à une terreur mal déguisée. Quiconque eût pu contempler cette scène, caché dans unbuisson, aurait sans doute frémi comme frémissaient la vieille belle-mère et la femme de cet homme. Evidemment un chasseur ne prend pas de si minutieuses précautions pour tuer le gibier, et n'emploie pas, dans le département de l'Aube, une lourde carabine rayée.
  « Tu veux tuer des chevreuils, Michu ? » lui dit sa belle jeune femme en tâchant de prendre un air riant.
  Avant de répondre, Michuexamina son chien qui, couché au soleil, les pattes en avant, le museau sur les pattes, dans la charmante attitude des chiens de chasse, venait de lever la tête et flairait alternativement en avant de lui dans l'avenue d'un quart de lieue de longueur et vers un chemin de traverse qui débouchait à gauche dans le rond-point.
  « Non, répondit Michu, mais un monstre que je ne veux pas manquer, unloup cervier*.» Le chien, un magnifique épagneul, à robe blanche tachetée de brun, grogna. « Bon, dit Michu en se parlant à lui-même, des espions ! le pays en fourmille.»
  Mme Michu leva douloureusement les yeux au ciel. Belle blonde aux yeux bleus, faite comme une statue antique, pensive et recueillie, elle paraissait être dévorée par un chagrin noir et amer.

Texte 2 : Georges Simenon, LesFantômes du chapelier, chapitre I, 1948.
 [En vingt jours, cinq vieilles femmes ont été assassinées, la nuit, dans les rues anciennes de La Rochelle.]

  On était le 3 décembre et il pleuvait toujours. Le chiffre 3 se détachait, énorme, très noir, avec une sorte de gros ventre, sur le blanc cru du calendrier fixé à la droite de la caisse, contre la cloison en chêne sombre séparant le magasin del'étalage. Il y avait exactement vingt jours, puisque cela avait eu lieu le 13 novembre - encore un 3 obèse sur le calendrier - que la première vieille femme avait été assassinée, près de l'église Saint-Sauveur, à quelques pas du canal.
  Or, il pleuvait depuis le 13 novembre. On pouvait dire que, depuis vingt jours, il pleuvait sans interruption.
  C'était le plus souvent une longue pluie...
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