Corpus type bac, roman vision de l'homme

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Guy de Maupassant, Bel-Ami, 1885. 1ère partie, chapitre 6. (Texte A)

On s’était tu. Une des femmes se remit à parler. Il s’agissait du froid qui devenait violent, pas assez cependant pour arrêter l’épidémie de fièvre typhoïde ni pour permettre de patiner. Et chacune donna son avis sur cette entrée en scène de la gelée en scène à Paris ; puis elles exprimèrent leurs préférences dans lessaisons, avec toutes les raisons banales qui traînent dans les esprits comme la poussière dans les appartements. Un bruit léger de porte fit retourner la tête de Duroy, et il aperçut, à travers deux glaces sans tain, une grosse dame qui s’en venait. Dès qu’elle apparut dans le boudoir une des visiteuses se leva, serra les mains, puis partit ; et le jeune homme suivit du regard par les autres salons, sondos noir où brillaient des perles de jais. Quand l’agitation de ce changement de personnes se fut calmée, on parla spontanément, sans transition, de la question du Maroc et de la guerre en Orient, et aussi des embarras de l’Angleterre à l’extrémité de l’Afrique. Ces dames discutaient ces choses de mémoire, comme si elles eussent récité une comédie mondaine et convenable, répétée bien souvent. Unenouvelle entrée eut lieu, celle d’une petite blonde frisée qui détermina la sortie d’une grande personne sèche entre deux âges. Et on parla des chances qu’avait M. Linet pour entrer à l’Académie. La nouvelle venue pensait fermement qu’il serait battu par M. Cabanon-Lebas, l’auteur de la belle adaptation en vers français de Don Quichotte pour le théâtre. « Vous savez que ce sera joué à l’Odéon àl’hiver prochain ? – Ah ! vraiment. J’irai certainement voir cette tentative très littéraire.  »
Mme Walter répondait gracieusement avec calme et indifférence, sans hésiter jamais sur ce qu’elle devait dire, son opinion étant toujours d’avance. Mais elle s’aperçut que la nuit venait et elle sonna pour les lampes, tout en écoutant la causerie qui coulait comme un ruisseau de guimauve, et en pensantqu’elle avait oublié de passer chez le graveur pour es cartes d’invitation pour le prochain dîner. Elle était un peu trop grasse, belle, à l’âge dangereux où la débâcle est proche. Elle se maintenait à force de soins, de précautions, d’hygiène et de pâtes pour la peau. Elle semblait sage en tout, modérée et raisonnable, une de ces femmes dont l’esprit est aligné comme un jardin français. On y circulesans surprise, tout en y trouvant un certain charme. Elle avait de la raison, une raison fine, discrète et sûre qu’il lui tenait lieu de fantaisie, de la bonté, du dévouement et une bienveillance tranquille, large pour tout le monde et pour tout.

Virginia Woolf, Mrs Dalloway 1925 (Texte B)
« Le Premier Ministre », dit Peter Walsh¹. Le Premier Ministre ? Vraiment ? Ellie Henderson était toutexcitée : quand elle allait dire ça à Edith ! On ne pouvait pas se moquer de lui. Il avait un air si ordinaire. On aurait pu le mettre derrière un comptoir et on lui aurait acheté des petits gâteaux… le pauvre, tout attifé de galons d’or. Pour être juste, lorsqu’il fit le tour des invités, d’abord avec Clarissa puis escorté par Richard, il s’en tira très bien. Il s’efforçait de jouer sonpersonnage. C’était amusant à observer. Personne ne le regardait. Les gens continuaient à parler, pourtant il était clair qu’il était conscient, jusqu’au plus intime de leur être, de la grandeur qui passait ; ce symbole de ce qu’ils représentaient tous, la société anglaise. La vieille Lady Brutone, qui avait très bonne allure, il faut reconnaître toute vaillante dans ses dentelles s’avança avec majesté, etils se retirèrent dans un petit salon qui aussitôt devint un objet de curiosité, un sanctuaire, et la rumeur se répandit comme une houle, ouvertement : le Premier Ministre ! Mon dieu, Seigneur, le snobisme des anglais ! se disait Peter Walsh, debout dans son coin. Il adorait se parler de galons d’or et faire la révérence.

¹ dans une soirée mondaine britannique, le Premier ministre fait...
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