Cours sur la pgm

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Troisième Partie : Guerres, démocraties et totalitarismes : 1914-1945

« Je fais la guerre. Je fais la guerre tout le temps et par tous les moyens. Et je ferai la guerre jusqu’au dernier quart d’heure, car nous aurons ainsi la victoire. » Par ces mots, Georges Clemenceau indique son unique vision de la Première Guerre mondiale : seule la victoire contre l’ennemi est possible, seule la fin de laguerre importe et tout doit être mis en œuvre pour gagner. Comme une réponse à ce discours, le 6 août 1945, le général Mac Arthur, commandant en chef des armées américaines sur le front Pacifique, avec l’accord du président des Etats-Unis, lance une bombe nucléaire sur Nagasaki, puis deux jours plus tard, une autre sur la ville d’Hiroshima au Japon. Ces bombes nouvelles exterminent chacune, dansles secondes qui suivent leur explosion, plus d’une centaine de milliers de vies humaines civiles. A l’instar du général de Gaulle, il semble que, d’une guerre à l’autre, l’on pourrait qualifier de «  Guerre de Trente Ans » cette période de l’histoire du XXe siècle.

Durant cette guerre de trente ans, la définition de l’ennemi a évolué. Certes, le terme ennemi désigne toujours un individu ou uneentité vivante dont le but principal est de nuire à un autre individu ou entité. Pour cette dernière, il s’agit de neutraliser l’ennemi pour sa survie. S’il n’est pas nécessaire de montrer que la guerre a toujours été une solution pour résoudre ce danger, il est par contre utile de prouver que jamais auparavant le degré de violence n’avait atteint les formes de destruction de l’autre dont laseconde guerre mondiale semble être l’aboutissement. Certes, le concept de la nation en armes a déjà été innové lors de la Révolution française de 1792. Cependant, une nouvelle notion est développée durant cette période. A la suite de l’idée de Clausewitz : «  la guerre est la continuation de la politique par d’autre moyens », la fin justifie les moyens. Ainsi, la totalisation de la guerre est alorsconceptualisée et progressivement mise en pratique de 1911 à 1946. l’influence de cette notion de totalisation est importante sur la définition de l’ennemi. En effet, l’ennemi devient cet obstacle à la victoire qu’il faut détruire, peu importe la nature de ce dernier. Civils, femmes, enfants, prisonniers de guerre, personnes âgées ou handicapées sont autant d’ennemis. De plus, les moyens derésoudre le problème de l’existence de cet ennemi prennent des proportions titanesques. Les moyens de donner la mort à nombre toujours plus grand d’individus dépassent parfois les capacités de compréhension des historiens.

Ainsi, l’historiographie de la guerre a longtemps été cantonnée dans une vision stratégique du champ de bataille : les causes de la guerre, le patriotisme, les grandes batailles, lebilan humain et économique… La thèse de Jean-Jacques Becker « Comment les Français sont-ils partis en guerre ? » illustre la nouvelle vision de cette période. C’est l’individu qui est placé au centre des problématiques : comment les soldats ont-ils tenu ? Aborder la question de l’ennemi, permet de comprendre à quel point les individus et les sociétés se sont engagés dans la guerre.

Lareprésentation de l’ennemi dont se font les hommes est au centre de cette question. Comprendre comment l’ennemi est envisagé, comprendre comment un individu peut tuer de ses mains un autre individu, comprendre les raisons de cet acte unique à chaque fois : tel est le sens contenu dans le terme ennemi. Cependant, les acteurs de la totalisation de ces guerres ne sont pas les individus. Ce sont lesEtats-nations qui ont défini l’ennemi ainsi que les moyens nécessaires pour sa destruction. L’ennemi est alors appréhendé à deux échelles de lecture afin de répondre à une seule question : à quel point la définition de l’ennemi a-t-elle permis la totalisation de la guerre ?

Chapitre 1 : La Première Guerre mondiale et les bouleversements de l’Europe

I – 1914-1918 : l’épreuve d’une guerre longue...
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