Couverture n1 de beckett

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  • Publié le : 14 décembre 2009
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Delphine Lemonnier-Texier

AVANT-PROPOS

[« Lectures de Endgame / Fin de partie de Samuel Beckett », D. Lemonnier-Texier, B. Prost et G. Chevallier (dir.)] [Presses universitaires de Rennes, 2009, www.pur-editions.fr]

De Fin de partie à Endgame, le texte remet en cause ce que l’on tient pour acquis du langage, de la fiction littéraire, et du jeu théâtral à la fois. Ce n’est pas parce quel’on sait parler que l’on peut dire quelque chose, semblent indiquer les dialogues entre Clov et Hamm ; le fait de déchiffrer les mots sur la page ou de les entendre ne semble pas davantage suffire pour « lire » la pièce ; acteurs et metteurs en scène, enfin, témoignent de cette même résistance du texte. Mettre en scène Beckett, c’est avant tout faire un travail d’explication de texte 1, lire Beckett,c’est se plonger dans l’univers du plateau, de ses rouages, de ses effets. C’est la force de ce constat qui a guidé les choix éditoriaux dont découle le présent ouvrage.

Repères
Retraçant le cheminement de Beckett et les trois types de théâtre qu’il a conçus, au fur et à mesure de son expérience de l’épuisement de la langue, Catherine Naugrette montre comment Fin de partie « s’insère donc à lafois dans le mouvement général de l’œuvre beckettienne et dans le processus spécifique qui régit et différencie le théâtre – les théâtres de Beckett – au sein de cette œuvre ». Toute l’écriture beckettienne tend vers le même aboutissement : « [d]ans Fin de partie, à l’intérieur du théâtre I, Beckett travaille encore avec les matériaux dramatiques traditionnels. Pourtant, les malmenant, lesretournant, les détournant, il les soumet déjà à ce geste fondamental, qui est à chaque fois le même : réduction, contraction, dépouillement, épuisement… »
1. C’est le terme précis employé (en français dans le texte) par Herbert BLAU : “How did we do the play ? First of all, it was really a matter of explication de texte”, in Lois OPPENHEIM, Directing Beckett, Ann Arbor, the University of Michigan Press,1994, p. 52.

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Delphine Lemonnier-Texier

Les notes prises par Beckett pour la version allemande de Fin de partie en 1967 définissent la structure de la pièce, dont par ailleurs tout est fait pour qu’elle soit gommée, tant du point de vue du spectateur que de celui du lecteur. La rigueur et la symétrie structurelles voulues par Beckett sont de précieuses indications pour entamer touteanalyse en profondeur du texte, comme le souligne Geneviève Chevallier. C’est la cruauté qui est l’élément initial de l’analyse faite de la pièce par Marie-Claude Hubert. Un monde frappé d’inertie, dont ne subsistent que les quatre personnages (et trois générations) d’une famille où la torture est le principal mode relationnel. Pourtant « l’aliénation qui assujettit Hamm et Clov l’un à l’autre est leseul mode d’être compatible avec la vie. Elle semble constitutive de la vie même ». Le parallèle avec Artaud est présent mais n’atteint pas le stade de la cruauté de sang : « Dans Fin de partie, des meurtres sont commis, certes, mais ils sont accomplis presque silencieusement et ils ne sont accompagnés d’aucune manifestation extérieure de violence. »

Lieu, didascalies
[« Lectures de Endgame /Fin de partie de Samuel Beckett », D. Lemonnier-Texier, B. Prost et G. Chevallier (dir.)] [Presses universitaires de Rennes, 2009, www.pur-editions.fr]

Gildas Bourdet raconte la genèse du décor rouge qui l’opposa à Beckett et qu’il finit par être contraint de bâcher de gris pendant l’intégralité des représentations de Fin de partie, soulignant ce paradoxe : « The point of the scenic artifice wasto materialize the feeling the play induced in me, the feeling that what is dead sometimes seems more alive than what is still alive and that what is alive also seems sometimes about to be frozen in death. Nothing to me was more Beckettian than the effect thus produced. » L’étude détaillée des didascalies d’Endgame permet de mettre en lumière la multiplicité des conventions théâtrales qui y...
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