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  • Publié le : 25 août 2011
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La justice - Cours de philosophie
La justice
Les enjeux de la notion – une première définition
 
            La notion de justice désigne à la fois la conformité de la rétribution avec le mérite et le respect de ce qui est conforme au droit. Cette notion est donc indissociablement morale et juridique. Il serait possible de penser que l’un de ces deux aspects prime sur l’autre et le détermine.N’existe-t-il pas en chacun de nous un « sens de la justice » qui nous rend apte à évaluer et juger les décisions et actions, ce sens de la justice étant alors l’origine de la loi et du droit ? Cela est possible, mais on ne peut cependant manquer de constater la diversité des pratiques de justice d’une région ou d’un pays à l’autre. Pascal écrivait : « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreurau-delà ». Nous sommes indignés lorsque nous voyons nos « voisins » porter de graves atteintes à la justice et cela en toute légalité (pensons par exemple à l’apartheid en Afrique du Sud) et, inversement, ceux-ci peuvent condamner nos propres injustices. En ce sens, le passage de la justice du plan moral au plan juridique se caractériserait par son imperfection, par ses insuffisances. Mais cela nesignifie-t-il pas que la justice n’est pas une réalité donnée mais un idéal qui se conquière patiemment et par la médiation des pratiques juridiques et politiques ? Il est sans doute nécessaire de maintenir l’opposition du moral et du juridique, de la légitimité et de la légalité, opposition sans laquelle la justice risquerait d’être réduite aux conventions, livrée aux caprices des puissants ; maisopposition ne signifie pas exclusion ou indifférence ; ce sont les relations (conflictuelles) de la morale et du droit qu’il s’agit de penser. Nous allons présenter dans ce cours différentes conceptions philosophiques de la justice, de l’Antiquité grecque jusqu’au 20ème siècle et verrons notamment que l’opposition que nous avons établie ci-dessus n’est pas une donnée intemporelle mais le résultat d’unelongue histoire (nous développerons plus spécifiquement dans le cours suivant la question du droit).
L’exigence de justice
 
« J’errai et je vis les larmes des victimes de l’injustice et ils sont sans consolation, et du côté de l’injustice il y avait la force, et ils sont sans consolation. Alors je louais les morts qui étaient déjà morts, plus que les vivants qui étaient encore en vie ; et plusheureux que les deux autres, celui qui n’a pas encore été, et qui n’a pas vu l’iniquité qui se commet sous le soleil. » L’ecclésiaste.
 
            Nous avons montré dans notre introduction qu’il était problématique de s’appuyer sur l’idée d’un sens de la justice antérieur à toute incarnation politique. Il est en effet délicat de prétendre définir le contenu de la justice ad vitam eternam. Celan’empêche cependant pas que l’on puisse évoquer la permanence d’une demande ou exigence de justice. Celle-ci est liée d’emblée à l’injustice au sens d’un mal, d’un tort commis qui exige réparation. La justice a en ce sens un rôle cathartique ; elle doit rétablir l’ordre troublé, perturbé, transgressé. On peut ici penser à la tragédie grecque dans laquelle un tel « retour à l’ordre » naturels’exerce au détriment des individus (Œdipe par exemple) impuissants à comprendre leur sort et entraîné par lui. Cette première forme de justice est donc étrangère à la compassion. Elle indique bien plutôt que chacun a ce qu’il mérite ; elle répond à la loi du talion : « œil pour œil, dent pour dent ». Cette justice prétend à une « vérité », à une objectivité, au-delà de toutes les conventions, apparenceset hiérarchie sociale.
La justice dans l’Antiquité grecque
 
« La justice est une disposition d’après laquelle l’homme juste se définit celui qui est apte à accomplir, par choix délibéré, ce qui est juste, celui qui, dans une répartition à effectuer soit entre lui-même et les autres, soit entre deux autres personnes, n’est pas homme à s’attribuer à lui-même, dans le bien désiré, une...
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